Les jeunes face à de multiples défisLes jeunes en Hauts-de-France

Yohan Baillieul, Nadia Belhakem (Insee)

En 2015, avec près d’un habitant sur cinq âgé de 15 à 29 ans, la région des Hauts-de-France est la plus jeune de France de province. Malgré une diminution du nombre de jeunes d’ici 2050, elle le resterait à cet horizon. Dans la région, le faible niveau de diplôme des jeunes rend plus difficile leur insertion sur le marché de l’emploi qu’ailleurs. Ceci les expose à d’importantes fragilités sociales, notamment dans l’Avesnois, la Thiérache, l’ex‑bassin minier et le nord du littoral.

Insee Flash Hauts-de-France
No 79
Paru le : Paru le 06/12/2019
Yohan Baillieul, Nadia Belhakem (Insee)
Insee Flash Hauts-de-France  No 79 - décembre 2019

Cette étude fait partie d'une série de publications sur les jeunes en Hauts-de-France.

Baisse du nombre de jeunes à horizon 2050

En 2015, 1 133 300 jeunes de 15 à 29 ans résident dans les Hauts-de-France. Avec près d’un habitant sur cinq dans cette classe d’âge, les Hauts-de-France sont la région la plus jeune de France de province. Le Nord, qui concentre près d’un jeune sur deux de la région, est le département de France métropolitaine le plus peuplé de 15-29 ans devant Paris (figure 1). Si les tendances démographiques récentes se confirmaient, leur nombre en région déclinerait cependant entre 2015 et 2050 (– 6 % contre + 1 % au niveau national). Cette diminution serait liée à l’effet conjugué de la baisse du nombre de naissances et d’un solde migratoire déficitaire. Les départements les plus concernés seraient l’Aisne et le Pas-de-Calais (respectivement – 12 % et – 10 % entre 2015 et 2050).

En 2050, les Hauts-de-France resteraient toutefois la plus jeune région de France métropolitaine derrière l’Île-de-France.

Figure 1Le Nord, département le plus jeune de France Volume et part des jeunes de 15 à 29 ans dans les départements

Le Nord, département le plus jeune de France
Département de résidence Population jeune Part de jeunes (en %)
02 89 652 16,6
08 44 983 16,2
27 96 731 16,1
51 111 755 19,5
59 528 799 20,3
60 144 171 17,5
62 262 774 17,8
76 234 665 18,6
77 262 912 18,9
80 107 917 18,9
94 272 404 19,8
95 239 016 19,7
78 255 943 17,9
28 68 570 15,8
93 323 008 20,3
92 310 329 19,4
75 514 644 23,3
94 272 404 19,8
  • Source : Insee, recensement de la population 2015.

Figure 1Le Nord, département le plus jeune de France Volume et part des jeunes de 15 à 29 ans dans les départements

  • Source : Insee, recensement de la population 2015.

Un plus faible niveau de diplôme, d’importantes difficultés scolaires

Avec 410 700 jeunes inscrits dans un établissement d’enseignement en 2015, le taux de scolarisation régional des 15-29 ans s’établit à 36 %, soit une proportion équivalente au niveau national (figure 2). Les jeunes des Hauts-de-France souffrent néanmoins d’un déficit en matière de diplôme. Quel que soit le département, plus d’un jeune non scolarisé sur cinq possède au mieux le brevet des collèges, contre 18 % au niveau national. À contrario, les jeunes titulaires d’un diplôme d’études supérieures y sont sous-représentés (29 % contre 35 % en France métropolitaine), en particulier dans l’Aisne (22 %). En 2015, la région détient également la plus forte part de non-diplômés et non-scolarisés de France métropolitaine : 12 % des 16-24 ans, soit 82 500 individus. L’Aisne et le Pas-de-Calais occupent respectivement les premier et troisième rangs des départements métropolitains.

De surcroît, les jeunes de la région éprouvent davantage de difficultés de lecture, notamment dans l’académie d’Amiens. En 2018, parmi les participants à la Journée de défense et de citoyenneté (JDC), 17 % ont une maîtrise fragile de la lecture dans l’Aisne, 15 % dans la Somme et 14 % dans l’Oise (contre 12 % en France entière).

Figure 2Les jeunes, plus souvent en emploi dans l’Oise et plus fréquemment au chômage dans l’AisneRépartition des jeunes selon la situation face à l’emploi par département, en Hauts-de-France et en France métropolitaine (en %)

Les jeunes, plus souvent en emploi dans l’Oise et plus fréquemment au chômage dans l’Aisne
En emploi(en%) Inactifs scolarisés, en formation ou en stage (en %) Au chômage(en %) Inactifs non scolarisés(en %)
Oise 45,4 33,2 15,1 6,3
Aisne 41,0 32,3 19,0 7,7
Somme 39,9 37,7 16,0 6,4
Pas-de-Calais 39,3 33,5 18,2 9,0
Nord 38,1 38,8 16,2 6,9
Hauts-de-France 39,7 36,2 16,8 7,3
France métropolitaine 44,1 36,7 13,5 5,7
  • Note de lecture : parmi les jeunes de l’Aisne, 19 % sont au chômage.
  • Source : Insee, recensement de la population 2015.

Figure 2Les jeunes, plus souvent en emploi dans l’Oise et plus fréquemment au chômage dans l’AisneRépartition des jeunes selon la situation face à l’emploi par département, en Hauts-de-France et en France métropolitaine (en %)

  • Note de lecture : parmi les jeunes de l’Aisne, 19 % sont au chômage.
  • Source : Insee, recensement de la population 2015.

Une insertion professionnelle plus difficile

En 2015, 40 % des 15-29 ans des Hauts-de-France, soit 449 700 jeunes, occupent un emploi, contre 44 % en France métropolitaine.

C’est dans l’Oise, située en bordure francilienne, que les jeunes accèdent le plus facilement au marché du travail. Près d’un jeune sur trois de la région quitte sa zone d’emploi régionale de résidence pour travailler. Dans l’Oise (37 %) et le Pas-de-Calais (36 %), départements sous influence métropolitaine, cette proportion est un peu plus élevée.

Les jeunes des Hauts-de-France, ni en emploi, ni en formation, ni en études, représentent près d’un jeune sur quatre, soit 5 points de plus qu’en France métropolitaine. Ils sont surreprésentés dans le Pas-de-Calais (27 %). Dans un contexte économique dégradé, les jeunes sont alors plus souvent au chômage qu’ailleurs : un sur six dans la région et près d’un sur cinq dans l’Aisne.

Une pauvreté élevée pour les ménages jeunes

La pauvreté est très présente dans la région et touche trois jeunes ménages sur dix, une proportion sensiblement supérieure à la moyenne de France métropolitaine (23 %). Le Pas-de-Calais et l’Aisne, départements les plus touchés par le chômage des 15-29 ans, sont également les plus concernés par la précarité des jeunes, avec des taux de pauvreté de respectivement 33 % et 32 % (encadré 1).

Toutefois, les prestations sociales, comme les allocations familiales, élèvent le niveau de vie des jeunes ménages. En leur absence, près de trois jeunes ménages sur dix supplémentaires vivraient sous le seuil de pauvreté dans la région.

Dans les Hauts-de-France, région où la monoparentalité est plus répandue qu’ailleurs, les jeunes parents isolés, le plus souvent des femmes, sont davantage exposés à la pauvreté que les autres types de ménages. Sept familles monoparentales du Pas-de-Calais sur dix vivent ainsi sous le seuil de pauvreté.

Encadré 1 - Des jeunes particulièrement vulnérables dans l’Avesnois et la Thiérache, l’ex-bassin minier, et le nord du littoral

Dans les territoires ruraux de l’Avesnois et de la Thiérache, le nord du littoral et l’ex-bassin minier, les jeunes cumulent les situations de fragilité. Le marché de l’emploi y est fortement dégradé, les situations d’échec scolaire plus répandues qu’ailleurs et les jeunes ménages plus exposés au phénomène de pauvreté.

Dans les zones rurales de l’Avesnois et la Thiérache, les 15-29 ans accèdent ainsi difficilement à l’emploi. Par exemple, autour de Guise dans le nord de l’Aisne, plus d’un jeune sur cinq est au chômage. Avec près d’un jeune ménage sur deux vivant sous le seuil de pauvreté, l’intercommunalité de Fourmies détient le plus fort taux de pauvreté des intercommunalités de France métropolitaine. Les jeunes dans l’ex‑bassin minier peinent également à s’insérer sur le marché du travail, comme l’illustre le taux d’emploi inférieur de 8 points à la moyenne nationale dans la communauté d’agglomération de Valenciennes. Les jeunes du nord du littoral, moins mobiles en comparaison à d’autres territoires, rencontrent les mêmes difficultés. La proportion des 16-24 ans sortants du système éducatif sans diplôme est ainsi bien plus élevée dans le Calaisis, le Boulonnais et le Dunkerquois qu’au niveau national.

Encadré 2 - Partenariat 

Cette étude est une synthèse d’une série de huit publications thématiques portant sur les jeunes des Hauts-de-France. Elle est le fruit d’une collaboration au sein de la région des Hauts-de-France entre l’Insee, le Secrétariat général pour les affaires régionales (SGAR), le Conseil régional, et la Direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DRJSCS).

Définitions

La part de chômage est le rapport entre le nombre de chômeurs sur l’ensemble de la population (ici sur le nombre de jeunes non inscrits dans un établissement d’enseignement). Il diffère du taux de chômage qui est calculé par rapport au nombre d’actifs.

Le taux de pauvreté est la proportion de la population dont le revenu disponible par unité de consommation est inférieur à 60 % du revenu disponible par unité de consommation médian (seuil de pauvreté), soit 1 028 euros par mois en 2015.

Pour en savoir plus

« Dans une région jeune, une forte concentration des 15-29 ans autour de Lille et Amiens », Insee Analyses Hauts-de-France n° 88, décembre 2018

« Un pic de jeunes en 2030, une diminution à plus long terme », Insee Analyses Hauts-de-France n° 89, décembre 2018

« Une meilleure insertion professionnelle à Lille et dans le sud de la région », Insee Analyses Hauts-de-France n° 105 , décembre 2019

« Un jeune sur huit non diplômé et non scolarisé », Insee Analyses Hauts-de-France n° 107 , décembre 2019

« Une précarité plus prononcée et une autonomie plus tardive », Insee Analyses Hauts-de-France n° 106, décembre 2019