Un parcours difficile marqué par les inégalitésL’insertion professionnelle des 15-29 ans

Auteur : Lise Demougeot

En Guyane, une part importante des jeunes est éloignée du marché de l’emploi. Le niveau de diplôme reste faible et inadapté aux besoins du marché du travail. L’éloignement de l’emploi est plus important pour les moins diplômés, pour les jeunes d’origine étrangère et pour ceux qui vivent loin des principales agglomérations. Presque quatre néo-bacheliers sur dix quittent le département.

Auteur : Lise Demougeot
Insee Analyses Guyane  No 40 - juillet 2019
Avertissement

L’insertion professionnelle des jeunes en Guyane est une enquête en trois parties. Cette deuxième partie traite de la situation d’activité des jeunes et des conditions d’accès à l’emploi dans un contexte de forte croissance démographique. Elle complète un panorama général (partie 1) et est suivie d’une étude plus spécifique sur les jeunes qui ne sont ni en emploi ni en formation (partie 3).

En 2018, en Guyane « routière » (Sources et Champs), 23 % des jeunes Guyanais âgés de 15 à 29 ans sont en emploi (figure 1), 11 % sont au chômage et 66 % sont inactifs au sens du Bureau international du travail (élèves, étudiants, personnes au foyer...).

Aux Antilles, presque autant de jeunes sont en emploi, mais davantage sont au chômage. Il y a donc moins d’inactifs. En France métropolitaine, ils sont presque deux fois plus nombreux à être en emploi.

Figure 1Deux tiers des jeunes guyanais sont inactifs parmi les 15-29 ansSituations d’activité des jeunes en Guyane « routière » (en %)

Deux tiers des jeunes guyanais sont inactifs parmi les 15-29 ans - Lecture : 66 % des jeunes âgés de 15 à 29 ans résidant en Guyane « routière » sont inactifs.
Guyane « routière »
Actifs en emploi 23,1
Actifs au chômage 10,8
Inactifs 66,1
  • Lecture : 66 % des jeunes âgés de 15 à 29 ans résidant en Guyane « routière » sont inactifs.
  • Champ : individus âgés de 15 à 29 ans résidant en Guyane « routière », aux Antilles ou en France métropolitaine.
  • Source : Insee, Enquête Emploi en Continu 2018.

Figure 1Deux tiers des jeunes guyanais sont inactifs parmi les 15-29 ansSituations d’activité des jeunes en Guyane « routière » (en %)

  • Lecture : 66 % des jeunes âgés de 15 à 29 ans résidant en Guyane « routière » sont inactifs.
  • Champ : individus âgés de 15 à 29 ans résidant en Guyane « routière », aux Antilles ou en France métropolitaine.
  • Source : Insee, Enquête Emploi en Continu 2018.

La part d’inactifs augmente chez les jeunes

Entre 2014 et 2018, la part de jeunes inactifs dans toute la Guyane a augmenté de sept points. Deux-tiers des jeunes inactifs sont élèves, étudiants ou stagiaires en formation. Les autres sont hommes ou femmes au foyer, ne recherchent pas activement un emploi ou sont en incapacité de travailler.

L’augmentation de l’inactivité ne s’est pas traduite par une scolarisation plus importante des jeunes puisque 62 % des 15-29 ans sont non scolarisés en Guyane en 2015, soit plus de 10 points de plus qu’en France métropolitaine.

En dépit de sa croissance régulière, l’économie de la Guyane ne parvient pas à offrir des emplois à l’ensemble des actifs. En Guyane, on compte 154 actifs (en emploi ou au chômage) pour 100 emplois, contre 107 en France métropolitaine.

Signe d’une dégradation marquée, le taux d’activité (en emploi ou au chômage) des jeunes en Guyane « routière » est beaucoup moins élevé qu’en France métropolitaine et, dans une moindre mesure, qu’aux Antilles, et ne cesse de baisser depuis 2014 (sept points en quatre ans). En Guyane « routière », 19 400 jeunes sont actifs en 2018, soit un tiers environ de cette tranche d’âge. Parmi eux, 13 200 ont un emploi et 6 200 sont au chômage.

Les différences entre les sexes sont importantes. Parmi les jeunes femmes guyanaises, 31 % sont actives, contre 37 % des hommes du même âge. De plus en plus présentes sur le marché du travail, les jeunes femmes éprouvent plus de difficultés que les jeunes hommes à accéder à l’emploi. Leur entrée dans la vie active est souvent plus difficile à cause d’un nombre élevé de maternités précoces.

Deux tiers des jeunes non scolarisés sont sans emploi

Les jeunes non-scolarisés sont globalement un tiers en emploi, un tiers au chômage et un tiers sans activité formelle, avec des disparités intra-régionales marquées (figure 2). La part de jeunes non-scolarisés en emploi est de 38 % en Guyane « routière » contre 13 % en Guyane « non-routière » (champ). Inversement, les inactifs représentent 27 % des jeunes non-scolarisés en Guyane « routière » contre 62 % des jeunes non-scolarisés en Guyane « non-routière ».

Au niveau des intercommunalités, la part de ces jeunes en emploi va de 19 % dans les communautés de communes de l’Est et de l’Ouest Guyanais, à 46 % dans la Communauté d’agglomération du Centre Littoral et la Communauté de communes des Savanes. A contrario, les jeunes non-scolarisés qui sont inactifs représentent 42% des jeunes dans l’Est et 45 % dans l’Ouest, contre 19 % et 24 % dans les Savanes et le Centre Littoral.

Apparaissent finalement deux configurations territoriales : l’Est et l’Ouest Guyanais d’une part, avec davantage de jeunes en proportion et dont la plupart sont inactifs ou au chômage, les Savanes et le Centre Littoral d’autre part, avec une part de jeunes moindre, mais davantage d’actifs en emploi et de nombreux chômeurs.

Figure 2Beaucoup de jeunes mais peu d’emplois dans l’ouest guyanaisTaux d'emploi des jeunes non-scolarisés, selon leur commune de résidence (en %)

Beaucoup de jeunes mais peu d’emplois dans l’ouest guyanais - Lecture : le taux d’emploi des jeunes non-scolarisés résidant dans la commune de Maripasoula est inférieur à 15 %.
Taux d'emploi des 15-29 ans non-inscrits dans un établissement d'enseignement
97301 - Régina 31,3
97302 - Cayenne 47,0
97303 - Iracoubo 33,9
97304 - Kourou 48,0
97305 - Macouria 46,3
97306 - Mana 28,5
97307 - Matoury 41,0
97308 - Saint-Georges 14,9
97309 - Remire-Montjoly 51,8
97310 - Roura 46,4
97311 - Saint-Laurent-du-Maroni 25,6
97312 - Sinnamary 38,6
97313 - Montsinéry-Tonnegrande 45,3
97314 - Ouanary ns
97352 - Saül ns
97353 - Maripasoula 6,5
97356 - Camopi 19,1
97357 - Grand-Santi 7,8
97358 - Saint-Élie ns
97360 - Apatou 6,7
97361 - Awala-Yalimapo 14,1
97362 - Papaichton 24,7
  • Lecture : le taux d’emploi des jeunes non-scolarisés résidant dans la commune de Maripasoula est inférieur à 15 %.
  • Champ : individus âgés de 15 à 29 ans non inscrits dans un établissement d’enseignement et résidant en Guyane.
  • Source : Insee, Recensement de la population 2015, exploitation principale

Figure 2Beaucoup de jeunes mais peu d’emplois dans l’ouest guyanaisTaux d'emploi des jeunes non-scolarisés, selon leur commune de résidence (en %)

  • Lecture : le taux d’emploi des jeunes non-scolarisés résidant dans la commune de Maripasoula est inférieur à 15 %.
  • Champ : individus âgés de 15 à 29 ans non inscrits dans un établissement d’enseignement et résidant en Guyane.
  • Source : Insee, Recensement de la population 2015, exploitation principale

Des jeunes sans diplôme plus nombreux

En Guyane, quatre jeunes actifs sur dix ne sont pas diplômés ou possèdent au mieux un brevet des collèges (figure 3). En France métropolitaine, seulement 14 % des jeunes actifs n’ont aucun diplôme. Les jeunes actifs guyanais sont également peu nombreux à détenir un diplôme de l’enseignement supérieur (16 % contre près de 38 % en France métropolitaine).

Le niveau de diplôme des jeunes actives guyanaises est plus élevé que celui des jeunes actifs guyanais. Les jeunes femmes sont davantage titulaires de diplômes équivalents ou supérieurs au baccalauréat (40 % d’entre elles contre 31 % d’entre eux) ; tandis que les jeunes hommes sont plus nombreux à obtenir des diplômes professionnels tels que le BEP ou le CAP : 26 % d’entre eux contre 19 % d’entre elles.

En Guyane, de nombreux jeunes quittent le système scolaire sans diplôme, et même si beaucoup de ceux qui travaillent ne sont pas diplômés, il existe une dualité entre les jeunes sans diplôme et les autres. Les premiers quittent prématurément le système éducatif, rencontrent des difficultés à trouver un emploi et risquent de basculer dans l’inactivité. Les seconds poursuivent leurs études et s’inscrivent davantage dans un modèle salarial.

Figure 3Six jeunes actifs sur dix ne sont pas ou peu diplômésNiveau de diplôme des jeunes actifs ans non-scolarisés, selon leur sexe (en %)

Six jeunes actifs sur dix ne sont pas ou peu diplômés - Lecture : 16 % des jeunes actifs âgés de 15 à 29 ans résidant en Guyane ont un diplôme d’études supérieures.
Aucun diplôme ou au mieux un DNB CAP, BEP Baccalauréat Diplôme d’études supérieures
Femme 41,7 18,7 19,7 19,9
Homme 43,0 25,7 19,0 12,3
Ensemble 42,4 22,2 19,4 16,0
  • Lecture : 16 % des jeunes actifs âgés de 15 à 29 ans résidant en Guyane ont un diplôme d’études supérieures.
  • Champ : actifs âgés de 15 à 29 ans non inscrits dans un établissement d’enseignement et résidant en Guyane.
  • Source : Insee, Recensement de la population 2015, exploitation principale.

Figure 3Six jeunes actifs sur dix ne sont pas ou peu diplômésNiveau de diplôme des jeunes actifs ans non-scolarisés, selon leur sexe (en %)

  • Lecture : 16 % des jeunes actifs âgés de 15 à 29 ans résidant en Guyane ont un diplôme d’études supérieures.
  • Champ : actifs âgés de 15 à 29 ans non inscrits dans un établissement d’enseignement et résidant en Guyane.
  • Source : Insee, Recensement de la population 2015, exploitation principale.

Une insertion plus facile pour ceux qui partent

Le lieu de résidence est également déterminant dans l’insertion professionnelle des jeunes originaires de Guyane, puisque ceux qui ont quitté la région sont davantage en emploi que ceux qui restent (figure 4). Ceux qui résident en France métropolitaine sont beaucoup plus souvent actifs et en emploi que ceux qui vivent dans leur région d’origine ou aux Antilles. Ces derniers, restés ou revenus en Guyane, sont deux fois plus nombreux à être inactifs. Parmi les actifs, moins de la moitié sont en emploi, alors qu’ils sont sept sur dix en France métropolitaine.

C’est entre 15 et 29 ans que les départs de Guyanais vers la France métropolitaine sont les plus nombreux. En effet, face à l’étroitesse du marché de l’emploi et des filières de formation, les jeunes Guyanais mettent en œuvre des stratégies pour poursuivre leurs études ou trouver un emploi. La première d’entre elles est la mobilité géographique, en premier lieu en France métropolitaine. En 2014-2015, 38 % des néo-bacheliers poursuivent leurs études universitaires en France métropolitaine, pour rejoindre des filières de formation qui n’existent pas dans le département.

En moyenne, les originaires qui n’ont pas quitté la région ont une situation plus précaire que ceux qui en sont partis (niveau de diplôme moindre, fort taux de chômage).

Figure 4Les originaires de Guyane sont davantage en emploi lorsqu’ils résident en France métropolitaineType d'activité des jeunes actifs, selon leur nationalité, leur origine et leur lieu de résidence (en %)

Les originaires de Guyane sont davantage en emploi lorsqu’ils résident en France métropolitaine - Lecture : 19 % des jeunes étrangers résidant en Guyane sont en emploi.
Actifs en emploi Actifs au chômage Inactifs
Ensemble des 15-29 ans résidant en Guyane 33 33 34
Français résidant en Guyane 42 35 23
Etrangers résidant en Guyane 19 30 51
Originaires de Guyane résidanten Guyane 35 39 26
Originaires de Guyane résidant aux Antilles 39 37 24
Originaires de Guyane résidant en France métropolitaine 58 30 12
  • Lecture : 19 % des jeunes étrangers résidant en Guyane sont en emploi.
  • Champ : individus âgés de 15 à 29 ans non inscrits dans un établissement d’enseignement.
  • Source : Insee, Recensement de la population 2015, exploitation complémentaire.

Figure 4Les originaires de Guyane sont davantage en emploi lorsqu’ils résident en France métropolitaineType d'activité des jeunes actifs, selon leur nationalité, leur origine et leur lieu de résidence (en %)

  • Lecture : 19 % des jeunes étrangers résidant en Guyane sont en emploi.
  • Champ : individus âgés de 15 à 29 ans non inscrits dans un établissement d’enseignement.
  • Source : Insee, Recensement de la population 2015, exploitation complémentaire.

Un taux d’emploi plus faible pour les jeunes femmes

En Guyane « routière », 23 % des jeunes sont en emploi : c’est presque deux fois moins qu’au niveau national. Neuf jeunes actifs occupés sur dix sont salariés. Parmi eux, 52 % occupent des emplois moins stables (contrat à durée déterminée (CDD), apprentissage, stage ou intérim).

En 2018, seules 21 % des jeunes femmes sont en emploi. Leur taux d’emploi est, comme leur taux d’activité, plus faible que celui des hommes. Lorsqu’elles sont en emploi, les jeunes femmes sont davantage salariées et occupent des postes plus stables que les hommes (contrat à durée indéterminée (CDI) pour 44 % d’entre elles contre 39 % d’entre eux).

La stabilité de l’emploi a tendance à s’améliorer avec l’âge. Ainsi, les salariés de moins de 25 ans, entrés plus récemment que leurs aînés sur le marché du travail, occupent plus rarement des emplois à durée indéterminée (30 % des 15-24 ans contre 61 % des 25-29 ans). Les plus jeunes qui travaillent sont souvent peu diplômés et obtiennent plus fréquemment des contrats courts, d’apprentissage ou d’intérim.

Entre emplois publics et emplois précaires faiblement qualifiés

En Guyane comme ailleurs, une formation validée par un diplôme confère des conditions d’emploi et un statut professionnel plus avantageux. Plus les jeunes sont diplômés, plus ils ont de chance d’occuper une position socioprofessionnelle considérée comme élevée. La fonction publique, et notamment la fonction publique d’État, est une grande pourvoyeuse d’emplois en Guyane. Ces emplois publics représentent plus du tiers des emplois occupés par les jeunes, nettement plus qu’aux Antilles et qu’en France métropolitaine. Beaucoup de jeunes sont également ouvriers, notamment chez les hommes.

L’emploi des jeunes en Guyane est très dépendant des caractéristiques économiques de la région avec, d’une part, la prédominance de l’emploi public et, d’autre part, un grand nombre d’emplois faiblement qualifiés, avec des contrats précaires. Cependant, tous les jeunes ayant des difficultés d’insertion professionnelle n’entrent pas nécessairement dans la vie active. Une partie d’entre eux restent inactifs, par choix ou non. Ce statut conventionnel « d’inactif » ne signifie pas pour autant qu’ils n’ont aucune activité : une partie a une activité rémunératrice dans le secteur informel. En 2018, 32 % des jeunes actifs guyanais sont au chômage au sens du BIT. Ce taux de chômage des jeunes reste important et deux fois supérieur à celui de France métropolitaine, même s’il n’atteint pas le niveau des Antilles (44 %).

Un niveau de formation inadapté au marché de l’emploi

Dans les économies à fort taux de chômage structurel comme la Guyane, les durées de chômage sont importantes. Ainsi, 57 % des jeunes Guyanais au chômage sont des chômeurs de longue durée. Les difficultés auxquelles les jeunes font face sont liées à l’étroitesse du marché du travail et à l’inadéquation entre l’offre (emplois qualifiés ou jugés pénibles) et la demande (retard en termes de formation). Parmi les causes identifiées, le faible niveau de qualification arrive au premier rang, alors que les secteurs créateurs d’emplois requièrent des compétences plus spécialisées. Cette situation pousse alors les jeunes à accepter un travail jugé pénible, faiblement rémunéré ou informel.

En Guyane « routière » en 2018, le sous-emploi concerne 1 600 jeunes, soit 12 % des actifs occupés de cette tranche d’âge, contre 9 % des actifs en Guyane. Le nombre de jeunes « sans emploi » ou en « sous-emploi » est ainsi supérieur au nombre de chômeurs au sens strict.

Beaucoup de jeunes dans le hâlo du chômage ou en sous-emploi

Le halo autour du chômage qui qualifie les situations intermédiaires entre emploi, et inactivité qui se rapprochent du chômage, concerne 20 % des jeunes en Guyane sur la période 2016-2018. Il a augmenté de près de trois points par rapport à la période 2014-2016 (figure 5). Il souligne notamment l’importance du travail informel et du travail saisonnier en Guyane.

En Guyane « routière », sur la période 2016-2018, parmi les inactifs, 11 000 jeunes en moyenne souhaitent travailler mais ne satisfont pas tous les critères du BIT pour être considérés comme chômeurs : ils appartiennent alors au halo autour du chômage.

Dans ce halo, 1 000 jeunes recherchent un emploi mais ne sont pas disponibles dans les deux semaines pour travailler, 7 000 souhaitent un emploi, n’en recherchent pas mais seraient disponibles pour en prendre un et 3 000 souhaitent un emploi même s’ils ne sont ni en recherche active ni disponibles pour en prendre un.

Figure 520 000 jeunes guyanais en sous-emploi, au chômage ou dans le halo autour du chômageSchéma représentatif des concepts d’activité au sens du BIT des jeunes en Guyane "routière" (en nombre)

  • Lecture : 11 000 jeunes âgés de 15 à 29 ans résidant en "Guyane routière" se trouvent dans le halo autour du chômage, 7 000 sont au chômage et 2 000 sont en situation de sous-emploi.
  • Champ : individus âgés de 15 à 29 ans résidant en Guyane « routière ».
  • Source : Insee, Enquêtes emploi en continu cumulées 2016-2018.

La nationalité française, un facilitateur d’accès à l’emploi

En Guyane, trois jeunes sur dix sont de nationalité étrangère (Brésiliens, Surinamais ou Haïtiens, pour la plupart d’entre eux). Vivent alors sur le territoire diverses populations avec des niveaux de maîtrise de la langue française différents, même si l’école républicaine suit une politique éducative qui favorise le français comme langue d’enseignement.

Qu’ils soient français ou étrangers, la situation des jeunes face à l’emploi n’est pas la même. Les jeunes de nationalité française sont beaucoup plus nombreux à être en emploi (26 % d’entre eux contre 16 % pour les étrangers), alors que 61 % des jeunes de nationalité étrangère n’étant pas inscrit dans un établissement d’enseignement ont basculé dans l’inactivité (contre 52 % des jeunes de nationalité française). Bien que les élèves aient les mêmes droits à être instruits, qu’ils soient de nationalité française ou étrangère, les différences sont également marquées en termes de parcours scolaire. Les jeunes français sont davantage scolarisés et plus diplômés que les jeunes étrangers. Huit jeunes étrangers sur dix n’ont aucun diplôme ou au mieux un CAP ou un BEP, et seulement 18 % d’entre eux ont un diplôme équivalent ou supérieur au baccalauréat (contre 43 % des jeunes de nationalité française).

Ce déficit de formation crée des conditions de réussite et d’insertion professionnelle plus difficiles pour les jeunes étrangers, si bien qu’en Guyane, ils sont davantage touchés par le chômage. Le taux de chômage de ces jeunes est de 46 % en Guyane « routière », soit 17 points de plus que pour les jeunes de nationalité française. Et quand ils travaillent, ils occupent plus souvent des emplois précaires ou peu qualifiés. Les conditions de nationalité compliquent l’accès à l’emploi des jeunes d’origine étrangère qui représentent 31 % des jeunes de Guyane.

Définitions

Un originaire de Guyane est une personne née en Guyane ou un enfant d’une famille dont le père ou la mère est né en Guyane.

Un chômeur de longue durée est un actif au chômage depuis plus d’un an.

Le sous-emploi comptabilise certaines personnes en emploi qui ne peuvent travailler autant qu’elles le souhaitent. Il comprend les personnes actives occupées qui remplissent l’une des conditions suivantes : soit elles travaillent à temps partiel, souhaitent travailler davantage et sont disponibles pour le faire, qu’elles recherchent activement un emploi ou non ; soit elles travaillent à temps partiel ou à temps complet, mais ont travaillé moins que d’habitude pendant une semaine de référence en raison de chômage partiel ou de mauvais temps.

Le halo autour du chômage est constitué d’inactifs n’étant pas au chômage au sens du BIT, mais étant dans une situation qui s’en approche. Il est composé de personnes qui souhaitent travailler mais sont « classées » comme inactives, soit parce qu’elles ne sont pas disponibles rapidement pour travailler (deux semaines), soit parce qu’elles ne recherchent pas activement un emploi.

Un étranger est une personne qui réside en France et ne possède pas la nationalité française, soit qu’elle possède une autre nationalité, soit qu’elle n’en ait aucune. Les personnes de nationalité française possédant une autre nationalité (ou plusieurs) sont considérées en France comme françaises. Un étranger n’est pas forcément immigré, il peut être né en France.

Champ

Les « jeunes » désignent la population de référence de cette étude, à savoir celle âgée de 15 à 29 ans. Sauf si la tranche d’âge est clairement indiquée, le terme de « jeunes » se rapporte donc toujours aux 15-29 ans.

La Guyane « routière », au sens propre du terme, comprend l’ensemble des communes desservies par la route. Il s’agit des communes suivantes : Apatou, Awala-Yalimapo, Cayenne, Iracoubo, Kourou, Macouria, Mana, Matoury, Montsinéry-Tonnegrande, Régina, Remire-Montjoly, Roura, Saint-Georges, Saint-Laurent-du-Maroni et Sinnamary.

La Guyane « non-routière » comprend l’ensemble des communes non desservies par la route. Il s’agit des communes suivantes : Camopi, Grand-Santi, Maripasoula, Ouanary, Papaichton, Saint-Élie et Saül.

Pour en savoir plus

Eliot N., Trefoloni D., « Insertion professionnelle des15-29 ans en Guyane : beaucoup de jeunes et peu d’emplois », Insee Analyses Guyane n° 39, juin 2019

Cratère F., « Enquête emploi en continu : le chômage recule en Guyane », Insee Analyses Guyane n° 38, avril 2019.

« Insertion sociale et professionnelle des jeunes en Guadeloupe », Insee Dossier Guadeloupe, octobre 2016.

« Insertion sociale et professionnelle des jeunes en Martinique », Insee Dossier Martinique, octobre 2016.

Temporal F., « L’entrée dans la vie d’adulte des populations immigrées de Guyane », mini-conférence en vidéo, Les Rencontres de la Démo 2014, Ined.