2027 : la statistique publique au service des débats

À l’approche des échéances électorales de 2027, les débats qui traversent notre société porteront sur de nombreuses questions économiques, sociales, environnementales, démographiques ou territoriales. Pour les comprendre, les mettre en perspective et en mesurer les évolutions, disposer de repères partagés est essentiel.
Découvrez l’ensemble des ressources proposées par l’Insee et les services statistiques ministériels

Chiffres détaillés
Paru le :Paru le15/10/2026
- Octobre 2026
Consulter
Sommaire

Tissu productif et approches sectorielles (industrie, agriculture, culture) Quelques questions

Chiffres détaillés

Paru le :06/11/2026

1. Quelle dynamique pour la démographie d’entreprise ?

En 2024, 6,0 millions d’entreprises (unités légales) sont économiquement actives dans les secteurs de l’industrie, de la construction, du commerce et des services (y compris activités financières), c’est moitié plus qu’en 2014 : le parc d’entreprises est en constante croissance depuis 10 ans, celle-ci s’étant accentuée à partir de 2017.

Cette hausse est largement portée par les micro-entrepreneurs. Ce sont des entrepreneurs individuels bénéficiant de modalités administratives et fiscales simplifiées, mais sous condition de respect de seuils de chiffre d’affaires qui excluent notamment l’emploi permanent d’un salarié. Les microentrepreneurs sont à l’origine des deux tiers de la hausse du nombre d’entreprises en France sur les dix dernières années : ils sont passés de 700 000 en 2014 à 2,1 millions en 2024.

Leur activité est toutefois fragile : sur 10 micro-entrepreneurs immatriculés en 2018, 3 n’ont jamais démarré leur activité (et ne sont donc pas décomptés dans les 6,0 millions d’entreprises actives en 2024), et parmi les 7 autres seuls 3 sont encore actifs cinq ans plus tard. Ce chiffre cache certaines disparités : les personnes démarrant cette activité pour se faire un revenu de complément l’arrêtent en général plus rapidement que celles pour lesquelles c’est la seule source de revenus. Pour ces dernières, ces revenus restent en général limités : en moyenne 25 000 € de chiffre d’affaires annuel pour les micro-entrepreneurs créés en 2018 encore actifs cinq ans après, ce qui représente un revenu mensuel moyen de 1 100 €.

La hausse du nombre d’entreprises relevant du régime du micro-entrepreneur ne doit pas masquer la croissance, certes moins importante, du nombre de sociétés sur la période : il est passé de 1,9 à 2,7 millions entre 2014 et 2024, porté notamment par le conseil aux entreprises ou les activités immobilières. Le nombre d’entreprises individuelles, hors micro-entrepreneurs, est lui resté relativement stable, autour de 1,2 million.

En moyenne, sur les dix dernières années, pour 100 entreprises économiquement actives (tous types confondus, y compris microentrepreneurs) une année donnée, environ 8 arrêtent leur activité au cours de l’année, et 13 sont créées. Tandis que les sociétés sont plus stables, les créations et cessations d’activité sont beaucoup plus nombreuses pour les micro-entrepreneurs : pour 100 unités il y a chaque année 15 cessations et 28 créations.

 

2. Sont-ce vraiment les PME qui portent l’économie française ?

En 2023, en France, hors secteurs agricoles et financiers, on compte 5,2 millions d’entreprises (incluant toutefois les exploitations forestières, les auxiliaires de services financiers et d’assurance et les holdings) qui emploient près de 16 millions de salariés en équivalent temps plein (ETP). Ce tissu productif est fortement concentré : un peu plus de 300 grandes entreprises (GE) occupent 28 % du total des salariés et contribuent à 32 % de la valeur ajoutée (VA). En outre 7 500 entreprises de taille intermédiaire (ETI) représentent 26 % de la part des salariés et participent pour autant à la VA. Les petites et moyennes entreprises (PME) représentent donc 5,170 millions d’entreprises, surtout des microentreprises (MIC, au nombre de 5 millions) : elles emploient 46 % des salariés et génèrent 42 % de la valeur ajoutée. Selon ces deux indicateurs, les PME ne représentent pas des parts majoritaires.

En revanche, le message n’est pas le même concernant la dynamique de création d’emploi. En effet, entre 2012 et 2022, les microentreprises, les petites et moyennes entreprises et celles de taille intermédiaire ont créé dans leurs établissements 1,9 million d’emplois salariés en France. Les microentreprises en ont créé près de la moitié, mais beaucoup d’entre elles ont changé de catégorie à la suite de leur croissance ou de leur rachat par des entreprises de plus grande taille, si bien que les effectifs salariés de cette catégorie ont finalement peu augmenté. Dans le même temps, les effectifs salariés dans les grandes entreprises ont augmenté sur la période bien qu’elles ont supprimé 173 000 emplois dans leurs établissements : les pertes d’emplois ont été plus que compensées par des fusions-acquisitions ou des rachats d’établissements appartenant à de plus petites entreprises.

Références :
Le tissu productif français par catégorie d’entreprises en 2023, Insee Focus no372, décembre 2025
Panorama de l’appareil productif en 2023, Insee Analyse, no 115, décembre 2025
Créations d’emplois par catégorie d’entreprises entre 2012 et 2022, Insee Focus no  362, septembre 2025.

 

3. Entre désindustrialisation et réindustrialisation, où en est l’industrie française ?

Sur longue période, entre l’immédiat après-guerre et 2010, le poids de l’industrie dans le tissu productif français a presque continûment baissé ; mais sur les quinze dernières années, il a globalement cessé de reculer. Ainsi, selon les comptes nationaux, le poids de l’industrie dans le PIB, mesuré par la part de la valeur ajoutée des branches industrielles dans l’ensemble des branches, était de 28 % en 1949 (26 % sur le seul champ manufacturier, qui exclut les branches liées à la production d’énergie, eau, déchets). En 2010 il était deux fois moindre, à 13,6 %, niveau atteint encore en 2025, après des fluctuations conjoncturelles pendant la crise sanitaire. Sur les seules branches manufacturières, il est passé à 11,4 % en 2010 et 11,2 % en 2025.

Le tissu productif au sein de l’industrie est aussi sensiblement différent de celui d’après-guerre : beaucoup moins de fabrication d’habillement, moins de biens d’équipement, de chimie et produits en caoutchouc et plastique, de travail du bois et d’industrie du papier, et à l’inverse, une part plus grande d’agroalimentaire, d’industrie pharmaceutique, de matériels de transport, et surtout de production et distribution d’eau et d’énergie.

La baisse de la part de l’industrie sur longue période résulte surtout d’une évolution des prix de l’industrie bien moins dynamique que celle des autres branches : cette baisse traduit celle des prix des biens dans la consommation des ménages, au regard des prix des services. De son côté, le volume de la valeur ajoutée industrielle a été multiplié par 8,1 entre 1950 et 2025 (c’est-à-dire son évolution à prix constants), soit à peine moins que le PIB dont le volume a été multiplié par 8,6.

L’emploi industriel a également régulièrement baissé, relativement aux autres secteurs d’activité, traduisant cette fois des gains de productivité bien plus importants dans l’industrie que dans les autres branches, via l’automatisation des processus de production. Ainsi, selon les Estimations d’emploi, les secteurs industriels représentaient 5,4 millions d’emplois salariés en 1970, soit 43 % de l’emploi marchand non agricole. L’emploi industriel a décliné ensuite continûment et rapidement jusqu’en 2010 : -2,1 millions d’emplois salariés, à 3,3 millions, soit une part dans l’emploi de 20 %. Le déclin de l’emploi industriel s’est atténué entre 2010 et 2017 (-150 000 emplois), puis l’emploi s’est légèrement redressé, pour atteindre 3,2 millions mi-2026. Mais les autres secteurs ayant été plus dynamiques sur la période, la part de l’emploi industriel dans l’emploi marchand non agricole a continué de baisser (17,9 % mi-2026).

 

4. Comment évolue le modèle agricole ?

L’agriculture et les industries agroalimentaires (IAA) représentent environ 3,5 % du PIB national – environ 1,7 % pour les produits bruts issus de l’agriculture, de la sylviculture et de la pêche, et 1,8 % pour les produits transformés issus des IAA. Après avoir fortement baissé depuis 1980, cette part est stable depuis le milieu des années 2000 et oscille entre 3 et 3,5 %.

Ces deux secteurs pèsent pour près de 5 % de l’emploi total en France, soit 1,4 million de personnes en équivalent temps plein (ETP). C’est surtout l’emploi agricole qui a fortement diminué, passé de plus de 8 % de l’emploi total au début des années 1980 à moins de 3 % désormais, et qui continue de reculer. L’emploi dans les IAA s’est réduit beaucoup moins nettement sur longue période, et s’est plutôt maintenu en comparaison de l’emploi dans le reste de l’industrie : depuis 2000, il représente entre 2,2 % et 2,4 % de l’emploi total.

Avec plus de 90 milliards d’euros de productions animale et végétale en 2023, soit près de 18 % de la production de l’Union européenne (UE à 27), la France est le premier producteur européen de produits agricoles bruts, devant l’Allemagne (14 %), l’Espagne et l’Italie (13 %). La France est, chaque année, le premier producteur végétal, et partage la première place avec l’Allemagne pour la production animale selon les années. La France est également le deuxième pays de l’Union européenne en termes de chiffre d’affaires des industries agroalimentaires, derrière l’Allemagne.

Derrière ces grandeurs macroéconomiques, se trouvent les exploitations agricoles : elles sont de moins en moins nombreuses : en 2020, elles étaient 390 000 en France (hors DROM), contre 664 000 en 2000, et près de 350 000 en 2023. Le rythme de baisse des exploitations s’est toutefois un peu ralenti : -2,3 % par an en moyenne entre 2010 et 2020 contre -3,0 % par an entre 2000 et 2010. La baisse reste plus marquée pour les exploitations d’élevage de ruminants (bovins, ovins, caprins).

Les exploitations sont dans le même temps de plus en plus grandes : la surface moyenne d’une exploitation est passée de 42 hectares en 2000 à 69 hectares en 2020, et 76 hectares en 2023 ; le cheptel laitier moyen a augmenté de 40 % en dix ans, passé de 50 à 70 vaches. Elles ont également tendance à se spécialiser davantage. Les exploitations de polyculture-polyélevage continuent ainsi de reculer et représentent 10 % des exploitations en 2020 (contre 15 % en 2000). En revanche, la spécialisation en grandes cultures s’accentue (29 % des exploitations en 2020 contre 24 % en 2010). Dans le même temps, la croissance du nombre d’exploitations en bio et des surfaces en bio a été très dynamique en quinze ans, avec des surfaces multipliées par cinq, même si les surfaces en conversion ont reculé pour la première fois en 2023.

Les formes juridiques continuent d’évoluer aussi. Les entreprises individuelles restent majoritaires, mais diminuent (58 % des exploitations en 2020 contre 70 % en 2010), au profit des formes sociétaires qui se développent (EARL, GAEC...), notamment au sein des grandes exploitations.

Le modèle de l’exploitation familiale laisse place progressivement à d’autres formes d’organisations. Reprendre la ferme des parents reste la situation la plus fréquente, mais l’installation hors cadre familial se développe : en 2020, parmi les exploitations avec un chef installé avant 2010, près de 80% ont un chef qui avait repris l’exploitation familiale ; cette part tombe à 61 % pour les chefs installés après 2010. Avec la poursuite du vieillissement de la population agricole (d'ici à 2030, 166 000 exploitants ou co-exploitants partiront à la retraite), et alors qu’un nombre croissant d'enfants d'agriculteurs choisissent aujourd'hui d'autres orientations professionnelles, l'arrivée dans l'agriculture de personnes extérieures à ce secteur est amenée à s’amplifier.

L’emploi agricole s’est aussi transformé. Les exploitants constituent toujours la plus grande part du travail agricole (près de 60 % des emplois en équivalent temps plein en 2020, comme en 2010), tandis que l’emploi familial, fréquent dans les exploitations, diminue au profit de salariés permanents non familiaux. Dans les ménages agricoles, il est de plus en plus fréquent que l’un des conjoints travaille en dehors de l’exploitation, et hors activité agricole, ce qui permet aussi de diversifier les sources de revenus.

Références :
Un panorama de l’agriculture en France, Vue d’ensemble du SSM Agriculture in Transformations de l’agriculture et des consommations alimentaires, Insee références, février 2024
1970-2020 : des exploitations agricoles moins nombreuses, plus grandes et davantage spécialisées que les territoires, Vue d’ensemble du SSM Agriculture in Transformations de l’agriculture et des consommations alimentaires, Insee références, février 2024

 

5. Les agriculteurs français ont-ils besoin des aides de l'Union européenne ?

La politique agricole commune (PAC), mise en place en 1957, fait l’objet de programmations renégociées régulièrement. La programmation 2023-2027 fait suite à celle de 2015-2022. Comme la précédente, elle est structurée en deux piliers. Le 1er pilier regroupe pour l’essentiel les aides directes de soutien aux revenus des agriculteurs, financé par le fonds européen agricole de garantie (FEAGA). Le 2nd pilier regroupe des mesures visant à la protection de l’environnement et la lutte contre le changement climatique, l’aménagement des territoires ruraux et le maintien d’une population active dans ces territoires. Il est financé par le fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) et des cofinancements nationaux.

En France (hors DROM), 8,5 milliards d’euros ont été versés au titre des principales aides de la PAC en 2023, première année de la programmation 2023-2027, soit un montant équivalent à 2022 selon les données de l’Agence de services et de paiements analysées par le service statistique du ministère de l’agriculture. Parmi les aides versées au titre du 1er pilier (6,6 milliards d’euros), l’aide de base et l’aide complémentaire au revenu des jeunes agriculteurs augmentent ; le nombre de bénéficiaires de l’écorégime (système d’aides pour des pratiques favorables à l’environnement et à la biodiversité) et l’enveloppe consacrée à ce paiement baissent par rapport au « paiement vert » de la précédente programmation (paiement conditionné à certains critères environnementaux). Parmi les principales aides du 2nd pilier (près de 1,9 milliard d’euros), l’aide à l’assurance récolte augmente, avec une hausse de l’enveloppe dédiée et du nombre des bénéficiaires ; l’aide prépondérante du 2nd pilier reste une aide à l’élevage dans les zones soumises à contraintes naturelles (montagne par exemple).

Le nombre de bénéficiaires d’au moins une aide de la PAC a diminué fortement entre 2022 et 2023, passant de 308 000 à 276 600, du fait de l’introduction du critère d’agriculteur « actif », qui a réduit nettement le nombre des bénéficiaires âgés. En 2022, 10 % des bénéficiaires de la PAC avaient 67 ans ou plus, contre 2 % en 2023. En 2023, près de huit agriculteurs sur dix sont bénéficiaires d’une aide de la PAC (1er pilier ou principales aides du 2nd pilier).

Parmi les bénéficiaires de la PAC à la fois en 2022 et en 2023, les aides ont baissé significativement (au moins 5 % de baisse) pour 27 % des bénéficiaires et augmenté (au moins 5 % de hausse) pour 34 % d’entre eux, avec des différences marquées selon les productions. Parmi les exploitations bio, plus de la moitié ont vu leur montant total d’aides PAC augmenter entre 2022 et 2023.

Une étude menée sur les résultats économiques des exploitations agricoles en 2024 permet d’apprécier le poids de la PAC dans l’ensemble des subventions dont elles bénéficient et sa contribution aux excédents bruts d’exploitation. En 2024, les aides directes du 1er  pilier de la PAC représentent 71,1 % des subventions d’exploitation allouées, contre 20,8 % pour les mesures relevant du 2nd pilier et 8,1 % pour les aides hors PAC. La composition des subventions d’exploitation est très hétérogène d’une filière à l’autre : les proportions d’aides issues du 1er pilier sont importantes en grandes cultures, celles du 2nd pilier plus importantes dans les élevages d’herbivores, alors que les productions maraîchères et fruitières perçoivent plus de subventions hors PAC. Ces différences ont tendance à s’atténuer avec la programmation 2023-2027 qui a augmenté les aides dans des filières historiquement peu aidées par la PAC (viticulture, maraîchage).

Les subventions d’exploitation représentent 12,7 % des produits courants des exploitations bénéficiaires en 2024, proportion stable par rapport à 2023. En 2024, le poids des subventions dans l’Excédent Brut d’Exploitation (EBE) est particulièrement important pour les producteurs de grandes cultures et les élevages d’herbivores, atteignant 93 % en céréales et 81 % en bovins-viande. Près de la moitié des exploitations céréalières, des élevages de bovins viande et d’ovins-caprins auraient eu un EBE négatif sans les subventions cette année-là. Cette proportion est plutôt structurelle pour les élevages d’herbivores mais est assez exceptionnelle pour les exploitations céréalières car les récoltes 2024 ont été particulièrement mauvaises. Cet indicateur peut donc varier fortement selon les années en fonction des résultats économiques, très dépendants des événements géopolitiques et climatiques.

 

6. Les agriculteurs sont-ils pauvres ?

La moitié des personnes vivant dans les ménages agricoles, qui ont déclaré un bénéfice agricole non nul à l’administration fiscale, ont un niveau de vie supérieur à 24 700 euros en 2021. Ce niveau de vie médian est plus élevé que celui des personnes des ménages ayant des revenus d’activité professionnelle (23 600 euros) et que l’ensemble des personnes résidant en France (23 000 euros).

Entre 2012 et 2021, le niveau de vie médian des ménages agricoles progresse légèrement plus vite que celui des autres ménages, malgré un recul en début de période. La structure du revenu disponible des ménages agricoles se transforme également : la part des bénéfices agricoles recule au profit des autres revenus d’activité, des retraites et des revenus du patrimoine.

Les écarts de niveaux de vie sont nettement plus importants au sein des ménages agricoles que dans l’ensemble de la population. Ainsi, le taux de pauvreté – sujet à de fortes variations selon les années – est toujours plus élevé de 2 points au sein des ménages agricoles que parmi l’ensemble des ménages ayant des revenus d’activité (15,1 % contre 13,1 % en 2021). Mais les ménages agricoles sont également surreprésentés dans le haut de la distribution : les 10 % de personnes ayant les niveaux de vie les plus élevés parmi les ménages agricoles se situent parmi les 5 % de personnes ayant les niveaux de vie les plus élevés dans l’ensemble de la population.

Une exploitation du recensement agricole décennal, apparié à des données sociales et fiscales de l’Insee sur les revenus, permet de compléter cette analyse en distinguant notamment les différents types d’exploitations agricoles. Le revenu disponible d’un ménage agricole, c’est-à-dire dont au moins un membre est dirigeant d’une exploitation agricole en 2020, se compose d’un revenu agricole tiré de l’exploitation, mais peut aussi comprendre d’autres revenus, comme des salaires ou des revenus du patrimoine. En 2020, le revenu agricole moyen des ménages agricoles en France (hors Guadeloupe, Guyane et Mayotte) s’élève à 16 900 euros par an, soit 34,3 % de leur revenu disponible. Les revenus des ménages agricoles des régions de la moitié nord de la France métropolitaine (à l’exception de l’Île-de-France) proviennent davantage des revenus agricoles que ceux des autres régions. La part des revenus agricoles est très faible pour les ménages les plus modestes, et elle reste en moyenne inférieure à 30 % pour la moitié des ménages les moins aisés. Elle dépasse les 40 % parmi les 10 % des ménages agricoles les plus aisés.

La part du revenu agricole dans le revenu disponible des ménages agricoles varie également fortement selon les filières de production. En 2020, elle est, en moyenne, supérieure à 50 % pour les éleveurs de granivores (porcins et volailles) et de bovins pour le lait. Ces derniers sont plus fortement représentés en Bretagne, Normandie, Pays de la Loire, Bourgogne-Franche-Comté, Auvergne-Rhône-Alpes et Hauts-de-France. En revanche, elle est inférieure à 25 % pour les éleveurs de bovins pour la viande, les producteurs de fruits et d’autres cultures permanentes et les éleveurs d’ovins, caprins et autres herbivores.

Quant aux revenus du patrimoine, leur part dans le revenu disponible des ménages agricoles est supérieure à celle de l’ensemble des ménages actifs (21 % contre 8 %), ce quel que soit le niveau de vie des ménages. Les revenus patrimoniaux des ménages agricoles sont notamment des revenus fonciers, correspondant souvent à des fermages, issus de terres possédées par l’agriculteur et louées par la société dont il est associé. À ce titre, ils pourraient en partie être considérés comme des revenus agricoles en un sens élargi. Pour les ménages agricoles, la part des revenus du patrimoine n’augmente pas systématiquement avec le niveau de vie. Ainsi, ils représentent 20 % du revenu disponible des 10 % des ménages agricoles au niveau de vie le plus bas, soit une part proche de celle des ménages agricoles avec un niveau de vie compris entre le huitième et le neuvième décile (21 %). Seuls les 10 % des ménages agricoles au niveau de vie le plus élevé se distinguent nettement, avec une contribution de leurs revenus du patrimoine plus élevée (38 %).

 

7. Quel est le poids de la culture dans l’ensemble de l’économie française ?

La culture pèse pour 2,1 % dans l’ensemble de l’économie française en 2024, un taux inférieur au pic qu’il avait atteint entre 2001 et 2006 (2,4%) mais stable depuis 2021. La valeur ajoutée de l’ensemble des branches culturelles – selon la définition harmonisée retenue au niveau européen - s’établit à 54,1 milliards d’euros en 2024.

Les premières branches culturelles, au regard de la valeur ajoutée créée, sont l’audiovisuel (14,5 milliards d’euros, soit 26,9 % du total du champ), devant le spectacle vivant (9,5 milliards d’euros, 17,6 %), la publicité (5,3 milliards d’euros, 9,8 %) et le patrimoine (5,0 milliards d’euros, 9,2 %). À l’inverse du spectacle vivant, la presse a connu au cours des vingt dernières années le recul le plus marqué parmi les branches culturelles en raison de la place croissante du numérique : sa part dans la valeur ajoutée culturelle est de 7,4 % en 2024 (- 12 points par rapport à 2000, alors que la part du spectacle vivant a augmenté de 6 points). Certaines activités liées indirectement ou partiellement à la culture ne sont pas incluses : les industries qui se limitent à reproduire des produits culturels sans leur apporter de valeur proprement culturelle (comme l’imprimerie), les branches mélangeant des activités culturelles et non-culturelles (telles que la mode ou les métiers d’art), les activités non culturelles mais conditionnées par l’existence d’activités culturelles (telles que les travaux de rénovation de monuments historiques) ainsi que les effets induits par le secteur culturel (comme le tourisme).

En 2024, l’ensemble des branches du champ statistique de la culture génèrent une production totale de 113,8 milliards d’euros courants. Contrairement à la valeur ajoutée de l’ensemble des branches culturelles, la production totale intègre les consommations intermédiaires, c’est-à-dire l’ensemble des produits ou services transformés ou consommés au cours du processus de production (matières premières, électricité par exemple). La production des branches culturelles se partage entre la production marchande et la production non marchande. La production marchande, de 89,7 milliards d’euros, représente 79 % du total et provient de la vente de biens et services culturels à un prix économiquement significatif, c’est-à-dire couvrant plus de 50 % des coûts de production. La production non marchande culturelle, de 24,1 milliards d’euros, correspond à des biens et des services culturels proposés aux ménages à un prix représentant moins de 50 % des coûts de production, car bénéficiant de l’apport de dépenses publiques.

Près de 151 000 entreprises, hors micro-entrepreneurs, interviennent dans les secteurs culturels marchands en 2022. Elles représentent 6,0 % de l’ensemble des entreprises (hors micro-entrepreneurs), et leurs salariés comptent pour 2,7 % des salariés en équivalent temps plein (ETP), soit environ 394 000 ETP. Les grandes entreprises, de plus de 250 salariés, au nombre d’environ 150, réalisent la moitié du chiffre d’affaires marchand de la culture (51 %). À l’inverse, 77 % des entreprises culturelles ne comptent aucun salarié, une proportion plus élevée que dans l’ensemble de l’économie (64 %). Ces entreprises sans salariés réalisent 8 % du chiffre d’affaires culturel, un résultat supérieur à celui de la moyenne nationale (5 %).

En 2022, le secteur audiovisuel et multimédia représente 15 % des entreprises culturelles marchandes. Il concentre 38 % du chiffre d’affaires en valeur et 28 % des effectifs en ETP. Cette activité est principalement tirée par le secteur de l’édition de chaînes généralistes, l’édition de jeux électroniques et la production de films et de programmes pour la télévision. Les entreprises de l’audiovisuel et multimédia sont particulièrement tournées vers l’international : 26,0 % de leur chiffre d’affaires en 2022 est réalisé à l’export, contre en moyenne 18 % pour tous les secteurs culturels marchands, et 21 % pour l’ensemble de l’économie marchande.

En 2022, 221 000 micro-entreprises au sens fiscal interviennent dans le culturel marchand.

Références :
Ouvrir dans un nouvel onglet Le poids économique direct de la culture en 2024, SSM Culture, DEPS, Collection Culture Chiffres, septembre 2026
Ouvrir dans un nouvel onglet Les chiffres clés de la culture et de la communication 2025, Chapitre I. Économie du champ culturel, Fiche « Entreprises culturelles », SSM Culture, DEPS, juin 2026

 

8. À combien estime-t-on le nombre de professionnels de la culture ?

En 2023, d’après l’enquête Emploi de l’Insee, près de 780 000 personnes exercent en France une profession culturelle au titre de leur emploi principal, y compris en tant que micro-entrepreneurs, soit 2,7 % de l’emploi total. Deux tiers des professionnels de la culture travaillent dans les arts visuels, l’audiovisuel ou le spectacle vivant.

Dans la culture, l’emploi indépendant a de longue date un poids très fort, tout comme le salariat sous contrat court ou à temps partiel. En 2023, la part des personnes non salariées exerçant une profession culturelle est ainsi trois fois plus élevée que dans le reste des professions (39 % contre 13 %, soit 306 000 non-salariés). Parmi les salariés des professions culturelles, près d’un sur trois est en contrat à durée déterminée (CDD) en 2023 (27 %), une part également trois fois supérieure à celle constatée dans l’ensemble des professions salariées. C’est le cas, en 2023, de deux artistes de la musique et du chant sur trois et de quatre artistes du théâtre, de la danse et des spectacles divers sur cinq. Ces professions du spectacle et de l’audiovisuel peuvent bénéficier d’un régime d’assurance chômage spécifique qui vise à correspondre à la nature de leur activité lorsqu’elle est caractérisée par la succession de contrats courts et l’alternance de périodes travaillées et non travaillées.

En 2023, d’après les données de France Travail, 312 000 personnes, salariées auprès de 115 000 employeurs, étaient ainsi intermittentes du spectacle. Parmi elles, 147 600 ont été indemnisées au moins une journée par l'assurance chômage. En 2023, leur durée moyenne d’indemnisation s’élève à 201 jours pour un taux journalier d’indemnisation moyen de 57 euros bruts.

Le poids de l’emploi indépendant et l’intermittence ne sont toutefois pas les seules spécificités des activités culturelles. Une partie de la création donne lieu à des rémunérations qui ne relèvent pas directement du salariat ou du travail indépendant appréhendé à travers l’emploi principal. L’observation des revenus artistiques constitue donc une approche complémentaire, qui permet d’identifier des personnes dont l’activité de création ne se traduit pas nécessairement par un emploi principal dans une profession culturelle. En 2023, près de 350 000 personnes ont ainsi perçu un revenu artistique, sous la forme de droits d’auteur ou de rémunérations liées à la vente d’œuvres, pour un montant annuel moyen de 7 200 euros et un montant médian de 500 euros. Professionnels des arts graphiques et plastiques (peintres, graphistes, sculpteurs, dessinateurs), professionnels du livre (écrivains, traducteurs, illustrateurs), photographes ou encore les auteurs d’œuvres audiovisuelles ou de compositions musicales : ces différents groupes professionnels constituent un ensemble extrêmement hétérogène, tant par les métiers exercés et la nature des éventuels autres revenus perçus que par les modes de production dans lesquels s’inscrivent leurs créations artistiques (vente de biens uniques, industries culturelles, etc.). Un tiers d’entre eux ne dispose d’aucun autre revenu d’activité connu.

En complément de l’approche par les professions, l’emploi peut également être appréhendé par les secteurs d’activité dans lesquels il s’exerce. En 2023, près de 820 000 personnes travaillent au titre de leur emploi principal dans un secteur d’activité culturel, soit 2,9 % de l’emploi total. Cette approche complémentaire, par le secteur d’activité (NAF), permet notamment de mettre en regard des données sur l’emploi et des données économiques, disponibles au niveau des secteurs d’activité.

L’analyse porte sur l’année 2023, même si des données plus récentes sont disponibles pour certaines informations, afin de comparer à une même date les différents pans de l’emploi culturel.

Références :
Ouvrir dans un nouvel onglet Les chiffres clés de la culture et de la communication 2025, Chapitre II. Formations, emplois et revenus, Fiches «Emploi culturel » ,« Non-salariés des secteurs culturels », « Les artistes-auteurs en 2023 », SSM Culture, DEPS, juin 2026
Ouvrir dans un nouvel onglet L'emploi intermittent dans le spectacle au cours de l'année 2023, France Travail, Statistiques et Indicateurs, no 25.029, décembre 2025
Ouvrir dans un nouvel onglet Les allocataires indemnisés au titre des annexes 8 et 10 en 2023, France Travail, Statistiques et Indicateurs,no 24.037, décembre 2024. 
 Activité, emploi et chômage en 2025 et en séries longues - Enquête emploi en continu, Insee Résultats, juillet 2026

 

9. Combien d’étudiants sont inscrits dans une formation artistique et culturelle ?

Les filières de l’enseignement supérieur destinées à former les étudiants aux métiers des arts et de la culture sont nombreuses : arts plastiques, arts appliqués, danse, théâtre, musique, cinéma, architecture, patrimoine… Les formations à ces métiers relèvent en partie d’une centaine d’établissements placés sous la tutelle ou le suivi du ministère de la Culture (Enseignement supérieur Culture (ESC)). Il s’agit d’écoles publiques (nationales ou territoriales) et, pour certaines écoles du spectacle vivant, d’associations. Au cours de l’année universitaire 2023-2024, ces écoles supérieures accueillent un peu plus de 36 000 étudiants, dont la moitié suit des études d’architecture. Au sein des écoles de l’ESC, la majorité des étudiants (56 %) suit un cursus de niveau Licence, et plus d’un tiers est inscrit en formation de niveau Master (37 %). Enfin, 7 % suivent une formation délivrant un diplôme de niveau Bac+6 au moins (post-master et doctorat).

D’autres disciplines comme l’archéologie, la médiation et l’administration culturelle ou encore les métiers du livre sont majoritairement enseignés à l’université, dont la tutelle relève du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche. Des établissements relevant de l’enseignement secondaire et donc du ministère chargé de l’Éducation nationale proposent également des formations techniques diplômantes.

Enfin, près de 200 établissements de l’enseignement supérieur privé, qui dispensent des formations dans des domaines très variés, accueillent 62 000 étudiants. Au sein de ces écoles, la grande majorité des inscrits (64 %) suit un cursus sanctionnant trois années d’études supérieures.

Référence :
Ouvrir dans un nouvel ongletLes chiffres clés de la culture et de la communication 2025, Chapitre II. Formations, emplois et revenus, Fiche « Enseignement supérieur artistique et culturel et insertion professionnelle des diplômés », SSM Culture, DEPS, juin 2026

 

10. Qui finance la culture ?

Le financement de la culture s’appréhende globalement à partir des flux financiers émanant des différents types d’acteurs économiques, publics (État et collectivités territoriales) ou privés (ménages et entreprises), soit par des dépenses directes (achats, subventions), soit au moyen de dispositifs spécifiques, essentiellement fiscaux (redevances, taxes, déductions, exonérations), soit par le biais d’achats de prestations connexes, par exemple publicitaires, ou encore par le mécénat.

La loi de finances initiale pour 2026 prévoit 4,45 milliards d’euros pour le budget du ministère de la Culture, ce qui représente 0,7 % des dépenses de l’État. En euros constants, ce budget a été stable autour de 4 Md€ de 2014 à 2019 ; grâce au plan de relance lié à la crise sanitaire, il a dépassé 5 Md€ en 2020 et 2021 et s’est stabilisé depuis autour de 4,5 Md€. Sur la dernière décennie, la part du budget général de l’État consacrée à la culture est restée très stable, de 0,8 % à 0,7 %. Antérieurement, elle a ponctuellement atteint ou dépassé 1 % en 1986, 1993, 2002 et 2006 (1,1%). Les grands programmes d’intervention du ministère se fondent sur la particularité des biens et services culturels, qui rend nécessaire un financement public pour la mise à disposition de la culture pour tous, le soutien à la création et à la diffusion des œuvres et productions, la constitution et la préservation du patrimoine national. En 2026, le montant des dépenses à caractère culturel des autres ministères est estimé à 5 milliards d’euros, dont 62 % pour le ministère de l’Éducation nationale. Il s’agit essentiellement de dépenses liées aux enseignements artistiques et culturels obligatoires et aux actions d’éducation artistique et culturelle complémentaires. Au total, les dépenses culturelles de l’ensemble des ministères représentent une dépense annuelle moyenne de 137 € par habitant.

En 2024, les dépenses culturelles consolidées des collectivités territoriales de France métropolitaine et d’outre-mer s’élèvent à 10 milliards d’euros, soit en moyenne 146 euros par habitant. 79 % de ce montant total de dépenses culturelles est engagé par le bloc communal (communes et intercommunalités), les départements et les régions représentant respectivement 13 % et 8 %. Les budgets de ces dépenses étant votés de manière autonome par chaque entité locale, ils ne figurent pas dans la loi de finances de l'État.

Les dépenses fiscales, qui désignent des dispositions législatives et réglementaires dont la mise en œuvre entraîne un allègement de la charge fiscale des contribuables concernés et donc une perte de recettes pour l’État, sont estimées à 2,6 milliards d’euros en 2026 (LFI), dont 464 millions d’euros pour les crédits d’impôt pour les productions cinématographiques, audiovisuelles et des jeux vidéos, et 342 millions d’euros au titre de l’application d’un taux de TVA réduit de 5,5 % sur les billets pour les théâtres, cirques, concerts, spectacles de variété, salles de cinéma et parcs zoologiques.

Au titre des concours financiers de l’État à la culture, plusieurs taxes fiscales affectées sont également comptabilisées : les taxes sur les billets d’entrée au cinéma (151,4 millions d’euros en 2026) ou sur les services de télévision et la publicité télévisuelle (462,6 millions en 2026) notamment.

Les crédits destinés à l’audiovisuel public sont désormais financés par une part de la TVA (3,9 milliards d’euros estimés pour 2026) depuis la suppression en 2022 de la redevance audiovisuelle, acquittée jusqu’alors par les détenteurs d’appareils de réception télévisuelle.

En tant qu’acteurs économiques privés, les ménages consacrent une part de leurs dépenses de consommation à la culture. Il s’agit du premier flux financier au bénéfice des secteurs d’activités culturelles : en 2024, les ménages ont ainsi consacré 21,75 milliards d’euros à leurs dépenses de consommation finale en biens et services culturels (livre, presse, audiovisuel, sorties culturelles, etc.), et 28,97 milliards d’euros à celles en biens et services connexes à la culture (informatique, tablettes, téléphones mobiles, téléviseurs, consoles de jeux, télécommunications, etc.).

Le mécénat d’entreprises serait pratiqué par environ 7 % des entreprises assujetties à l’impôt sur les sociétés en 2023, d’après un baromètre de l’Association pour le développement du mécénat industriel et commercial (Admical), toutes causes confondues. En 2021, selon la nomenclature des domaines d’activité retenue par la DGFiP, les entreprises mécènes ayant fait au moins 10 000 euros de dons ont versé 7,1 % de leurs dons à la culture et aux activités artistiques.

Les recettes publicitaires des différents médias (presse, télévision, radio, Internet et cinéma) contribuent à leur financement. En 2023, d’après l’enquête trimestrielle auprès des régies publicitaires de l’Institut de recherches et d’études publicitaires (Irep), les recettes publicitaires nettes de l’ensemble des médias s’élèvent à 16,96 milliards d’euros, dont 65 % pour Internet, 21 % pour la télévision, 10 % pour la presse, 4 % pour la radio et moins de 1 % pour le cinéma.

Références :
Ouvrir dans un nouvel ongletLes chiffres clés de la culture et de la communication 2025, Chapitre I. Économie du champ culturel, Fiches « Financement de la culture » et « Droits d’auteur et droits voisins », SSM Culture, DEPS, juin 2026
Ouvrir dans un nouvel ongletTableau de bord des dépenses culturelles des collectivités territoriales en 2024, Statistiques Culturelles, SSM Culture, DEPS,juillet 2026
Ouvrir dans un nouvel ongletEffort financier de l’État dans le domaine de la culture et de la communication, Annexe au projet de loi de finances pour 2027, Jaune budgétaire « Culture », Ministère de l’action et des comptes publics.