L’inactivité et le chômage des jeunes sont un peu moins fréquents dans la région

Emma Bianco, Medhy Martin (Insee)

En 2016, 235 000 jeunes de 16 à 29 ans ne sont ni en emploi, ni en études en Auvergne-Rhône-Alpes, soit 18 % de cette tranche d’âge. Cette part est l’une des plus faibles parmi les régions françaises. Mais des disparités subsistent, notamment dans la vallée du Rhône et l’Allier, où la part des jeunes concernés est plus importante. Ces jeunes sont plus souvent au chômage qu’inactifs. Le chômage peut être une période transitoire entre la fin des études et l’entrée dans le monde du travail ou entre deux périodes d’emploi, mais peut durer pour certains. Si le diplôme peut faciliter l’insertion professionnelle, son absence est un réel obstacle. Les jeunes d’origine sociale modeste, ceux dont les parents sont eux-mêmes inactifs ou au chômage et les immigrés restent des publics fragiles.

Insee Analyses Auvergne-Rhône-Alpes
No 92
Paru le : Paru le 21/01/2020
Emma Bianco, Medhy Martin (Insee)
Insee Analyses Auvergne-Rhône-Alpes  No 92 - janvier 2020

Entre 16 et 29 ans, la grande majorité des jeunes quittent le système scolaire pour entrer dans la vie active. Cette période coïncide fréquemment avec la décohabitation du foyer parental, la mise en couple, voire l’arrivée des premiers enfants. Pour certains, la transition s’effectue sans heurts. Pour d’autres, l’étape s’avère plus complexe : sortie précoce du système scolaire sans ou avec peu de qualification, alternance de périodes d’emploi, de chômage, d’inactivité. La lutte contre le décrochage scolaire et la précarité sur le marché du travail constitue un des enjeux des politiques éducatives, sociales et culturelles du gouvernement et des collectivités locales. Dans cette étude, on appellera « jeunes inactifs ou au chômage » les personnes âgées de 16 à 29 ans ayant quitté le système scolaire, qui se déclarent chômeurs, femmes ou hommes au foyer ou « autres inactifs » au recensement de la population (sources). Ils ne sont donc ni en emploi, ni en études.

Dans la région, une part des jeunes inactifs ou au chômage moins élevée

En 2016, 1,3 million de jeunes âgés de 16 à 29 ans vivent en Auvergne-Rhône-Alpes. Parmi eux, 235 000 sont inactifs ou au chômage, soit 18 % des jeunes. Cette part est moins importante dans la région qu’en France métropolitaine (20 %). Dans les Hauts-de- France, la Corse et en Provence-Alpes-Côte d’Azur, entre 23 % et 25 % des jeunes sont inactifs ou au chômage. Au contraire, ils sont moins de 18 % en Bretagne, dans les Pays de la Loire et en Île-de-France.

Au sein de la région, les jeunes sont davantage confrontés à l’inactivité et au chômage dans la Drôme et l’Ardèche (23 % des jeunes). C’est notamment le cas dans les zones d’emploi de la vallée du Rhône (figure 1). Ainsi, celles de Montélimar (25 %) et d’Aubenas (26 %) se rapprochent des taux que l’on trouve près du pourtour méditerranéen. Dans l’Allier, à l’image de nombreux départements du centre de la France, 22 % des jeunes sont inactifs ou au chômage. Certaines zones à spécificité industrielle forte et en difficulté sont également plus concernées. Dans les zones d’emploi d’Oyonnax et de Thiers, 24 % des jeunes se trouvent dans cette situation et 23 % dans celle de Romans-sur-Isère. Leurs compétences professionnelles relèvent souvent du secteur industriel et peuvent parfois être difficilement transposables dans d’autres secteurs, ce qui pose la question des besoins de formation. Par ailleurs, ces territoires à forte proportion de jeunes inactifs ou chômeurs affichent en parallèle un taux de chômage élevé sur l’ensemble de la population.

Figure 1La part des jeunes inactifs ou au chômage est plus élevée dans la vallée du Rhône et l’AllierPart des jeunes inactifs (hors élèves et étudiants) ou au chômage parmi les jeunes de 16 à 29 ans, par zone d’emploi (en %)

La part des jeunes inactifs ou au chômage est plus élevée dans la vallée du Rhône et l’Allier
Code zone d’emploi Libellé Nombre de jeunes de 16 à 29 ans Part des jeunes inactifs ou au chômage (en%)
0053 Mâcon 20208 19,5
0060 Saint-Étienne 104021 19,6
8201 Ambérieu-en-Bugey 14704 19,5
8202 Bourg-en-Bresse 21026 20,5
8203 Oyonnax 9701 23,7
8204 Annonay 7411 20,7
8205 Aubenas 11364 26,4
8206 Montélimar 24907 25,2
8207 Romans-sur-Isère 12517 23,1
8208 Valence 50314 21,4
8209 Bourgoin-Jallieu 34376 21,3
8210 Grenoble 148072 16,2
8211 Vienne - Roussillon 31639 20,2
8212 Roanne 18436 21,5
8213 Villefranche-sur-Saône 38118 17,2
8214 Lyon 373277 16,8
8215 La Tarentaise 14888 15,0
8216 Chambéry 46830 17,5
8217 La Maurienne 4741 14,6
8218 Annecy 47694 13,9
8219 Le Genevois Français 66710 16,9
8220 La Vallée de l'Arve 9368 18,9
8221 Le Mont Blanc 8539 10,5
8222 Le Chablais 14853 17,0
8301 Montluçon 14568 22,0
8302 Moulins 13011 21,6
8303 Vichy 16553 22,0
8304 Aurillac 10387 15,8
8305 Mauriac 2723 16,1
8306 Saint-Flour 4101 14,0
8307 Brioude 5185 20,5
8308 Le Puy-en-Velay 12778 18,5
8309 Ambert 2384 18,5
8310 Clermont-Ferrand 95738 17,0
8311 Issoire 6410 21,5
8312 Thiers 5404 23,6
  • Source : Insee, Recensement de la population 2016, exploitation complémentaire

Figure 1La part des jeunes inactifs ou au chômage est plus élevée dans la vallée du Rhône et l’AllierPart des jeunes inactifs (hors élèves et étudiants) ou au chômage parmi les jeunes de 16 à 29 ans, par zone d’emploi (en %)

  • Source : Insee, Recensement de la population 2016, exploitation complémentaire

En revanche, dans le Rhône, l’afflux de jeunes étudiants réduit la part de jeunes inactifs ou au chômage à 17 %. En Haute-Savoie et Savoie, la proximité de Genève et l’activité liée au tourisme pourvoient de nombreux emplois qui permettent de contenir la proportion des jeunes inactifs ou au chômage à 16 %. Enfin, dans le Cantal, cette part n’est que de 15 % mais le département compte peu de jeunes. L’éloignement des centres universitaires et des pôles d’emploi importants ainsi que les difficultés d’accessibilité peuvent en partie expliquer ce résultat. Les jeunes quitteraient le département pour étudier ou s’installer à proximité de zones en capacité de fournir un plus grand nombre d’emplois.

Les jeunes plus souvent chômeurs qu’inactifs

La part de jeunes inactifs ou au chômage augmente entre 16 et 24 ans. De 4 % à 16 ans, elle atteint 22 % à 24 ans puis diminue ensuite (figure 2). Finalement, bien que la scolarisation ne soit plus obligatoire après 16 ans, la part des jeunes inactifs ou au chômage reste très faible jusqu’à 18 ans.

Figure 2La part des femmes au foyer augmente entre 16 et 29 ansPart des inactifs (hors élèves et étudiants) et des chômeurs par sexe et âge en Auvergne-Rhône-Alpes (en %)

La part des femmes au foyer augmente entre 16 et 29 ans - Note de lecture : à 29 ans, 11,6 % des hommes sont chômeurs et 3,6 % sont inactifs. Au même âge, 14,2 % des femmes sont au chômage, 6,8 % sont au foyer et 4,2 % connaissent une autre forme d’inactivité.
âge en années Femmes - Chômeurs Femmes - Autres inactifs (hors retraités) Femmes - Inactifs au foyer
70 0,32 0,66 2,53
69 0,45 0,86 2,88
68 0,29 0,87 2,40
67 0,37 0,70 2,51
66 0,48 0,85 2,73
65 0,75 1,22 3,13
64 1,17 2,59 5,53
63 1,87 2,95 6,07
62 2,21 2,48 6,86
61 4,92 6,63 8,44
60 7,28 10,10 9,98
59 7,05 10,22 10,36
58 6,90 9,35 9,98
57 7,00 8,88 8,93
56 6,73 7,42 8,08
55 6,59 7,41 7,48
54 6,90 6,61 6,92
53 6,94 6,44 6,41
52 6,71 6,14 6,47
51 7,28 5,62 6,19
50 8,03 5,08 5,81
49 8,01 4,75 5,69
48 7,98 4,50 5,39
47 8,26 4,12 5,19
46 8,25 4,47 5,41
45 8,16 4,23 5,29
44 8,96 4,34 5,45
43 8,99 3,72 5,13
42 8,80 3,76 5,75
41 9,69 4,03 6,00
40 10,19 4,05 6,40
39 10,05 4,21 6,66
38 9,68 4,30 6,75
37 10,35 4,13 6,82
36 10,42 3,82 6,99
35 11,12 4,03 7,06
34 11,96 4,57 7,31
33 12,13 4,11 7,40
32 12,96 4,38 6,59
31 13,20 4,46 7,43
30 14,29 4,57 7,17
29 14,18 4,15 6,82
28 14,47 3,90 6,55
27 15,41 3,69 5,95
26 15,93 3,76 5,24
25 16,17 3,74 4,72
24 16,41 4,01 3,73
23 15,82 3,29 3,24
22 14,48 3,26 2,65
21 14,92 3,52 2,01
20 13,55 3,51 1,32
19 12,41 3,02 0,75
18 9,18 2,80 0,36
17 2,53 2,86 0,29
16 0,78 2,42 0,17
15 0,23 2,48 0,09
14 0,14 3,37 0,06
  • Note de lecture : à 29 ans, 11,6 % des hommes sont chômeurs et 3,6 % sont inactifs. Au même âge, 14,2 % des femmes sont au chômage, 6,8 % sont au foyer et 4,2 % connaissent une autre forme d’inactivité.
  • Sources : Insee, Recensement de la population 2016, exploitation complémentaire

Figure 2La part des femmes au foyer augmente entre 16 et 29 ansPart des inactifs (hors élèves et étudiants) et des chômeurs par sexe et âge en Auvergne-Rhône-Alpes (en %)

  • Note de lecture : à 29 ans, 11,6 % des hommes sont chômeurs et 3,6 % sont inactifs. Au même âge, 14,2 % des femmes sont au chômage, 6,8 % sont au foyer et 4,2 % connaissent une autre forme d’inactivité.
  • Sources : Insee, Recensement de la population 2016, exploitation complémentaire

Le chômage est bien plus fréquent que l’inactivité chez les jeunes. Il affecte 13 % des jeunes de 16 à 29 ans et l’inactivité 5 %. Ainsi, sur dix jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en études, sept se déclarent chômeurs et trois inactifs. Pour une partie des jeunes, le chômage peut caractériser une période transitoire entre la fin des études et l’obtention d’un emploi plus durable. En effet, la part de chômeurs croît jusqu’au milieu de la vingtaine et diminue ultérieurement. Les trois quarts des jeunes chômeurs recherchent un emploi depuis moins d’un an et plus de huit sur dix ont déjà travaillé. Cette période transitoire entre la fin des études et l’entrée dans la vie active peut être constituée d’emplois à durée déterminée avant d’obtenir un emploi plus durable.

Cependant, si pour la majorité des jeunes le chômage est récent, certains éprouvent plus de difficultés à s’insérer dans le monde du travail. Un quart des jeunes chômeurs recherchent un emploi depuis plus d’un an.

Les femmes sont plus souvent inactives ou au chômage (19 % contre 17 % pour les hommes). Elles représentent ainsi plus de la moitié des jeunes dans cette situation (52,5 %), alors même qu’elles sont légèrement minoritaires parmi les 16-29 ans. Si les femmes sont autant au chômage que les hommes (13 % des 16-29 ans), elles sont nettement plus souvent inactives, et notamment femmes au foyer. La part des femmes au foyer croît entre 16 ans et 29 ans, tranche d’âge qui correspond souvent à l’arrivée des premiers enfants. Le choix de retarder son entrée dans la vie active ou de faire une pause professionnelle pour élever ses enfants peut être volontaire ou contraint, par des raisons économiques notamment. Pour certaines familles, surtout pour celles à bas revenus ou précaires, un arbitrage peut s’opérer entre s’occuper soi-même de ses enfants ou faire appel à une assistante maternelle ou une crèche.

Être peu diplômé : un obstacle à l’emploi

Les qualifications constituent un élément majeur pour l’entrée dans la vie active. Près d’un quart des jeunes sans diplôme ou avec seulement le brevet des collèges sont inactifs ou au chômage. C’est également le cas des titulaires d’un CAP ou d’un BEP.

Cependant, entre 16 et 25 ans, une grande partie des jeunes étant encore en études, la part des inactifs et des chômeurs se trouve proportionnellement diminuée. Entre 25 et 29 ans, âge où la majorité des individus ont terminé leurs études, 48 % des peu ou pas diplômés sont inactifs ou au chômage (figure 3). Ce n’est le cas que de 13 % des diplômés du supérieur, 20 % des bacheliers et 27 % des détenteurs d’un CAP ou d’un BEP. Les diplômes permettent une meilleure intégration sur le marché du travail. Le chômage touche ainsi 26 % des jeunes de 25-29 ans pas ou peu diplômés et seulement 10 % des diplômés du supérieur. Quant aux inactifs, si leur part est minime chez les jeunes diplômés (6 % et même 3 % chez les diplômés du supérieur), elle atteint 22 % chez les peu ou pas diplômés.

Figure 3Les diplômes favorisent l’insertion professionnelleRépartition des jeunes de 25 à 29 ans en fonction du diplôme le plus élevé obtenu et de leur situation (en %)

Les diplômes favorisent l’insertion professionnelle
Jeunes inactifs ou au chômage Jeunes en emploi ou en études Ensemble
Aucun diplôme ou BEPC, Brevet des collèges ou diplôme national du Brevet 48 52 100
CAP, BEP 27 73 100
Baccalauréat (général, technologique, professionnel) 20 80 100
Diplôme d'études supérieures 13 87 100
Total 21 79 100
  • Sources : Insee, Recensement de la population 2016, exploitation complémentaire

Figure 3Les diplômes favorisent l’insertion professionnelleRépartition des jeunes de 25 à 29 ans en fonction du diplôme le plus élevé obtenu et de leur situation (en %)

  • Sources : Insee, Recensement de la population 2016, exploitation complémentaire

Les jeunes peu ou pas qualifiés sont à la fois plus souvent inactifs et, lorsqu’ils sont au chômage, chômeurs de longue durée. En effet, plus un chercheur d’emploi possède un niveau de diplôme élevé, plus il a de chances de trouver un emploi rapidement. Parmi les jeunes âgés entre 25 et 29 ans cherchant un emploi, 36 % des peu diplômés cherchent un emploi depuis plus d’un an. Ce n’est le cas que de 19 % de ceux qui sont diplômés d’études supérieures. Les conditions d’emploi des jeunes peu ou pas qualifiés sont également moins favorables (emploi temporaire, sous-emploi, etc.). Ils sont ainsi une cible prioritaire des politiques publiques, nationales et locales, avec pour objectif premier d’améliorer leur insertion professionnelle et de faciliter leur accès à l’emploi ou à un parcours qualifiant.

Une insertion professionnelle plus difficile pour les immigrés, même diplômés

L’inactivité et le chômage touchent davantage les immigrés : 33 % des jeunes immigrés de 16 à 29 ans sont dans cette situation, contre 18 % pour l’ensemble des jeunes. Entre 25 et 29 ans, alors que peu sont étudiants, l’écart se creuse avec 41 % des jeunes immigrés inactifs ou au chômage contre 21 % pour l’ensemble des jeunes.

Les jeunes immigrés étant moins diplômés que les non-immigrés, l’absence de diplôme constitue un frein à l’insertion professionnelle de certains d’entre eux. En effet, 28 % des jeunes immigrés de 25 à 29 ans n’ont aucun diplôme ou seulement le brevet des collèges, contre 12 % pour l’ensemble des jeunes de cette classe d’âge. Ils ont ainsi moins fréquemment un BEP, un CAP, un baccalauréat ou un diplôme d’études supérieures. Si les peu ou pas diplômés, qu’ils soient immigrés ou non, ont le même risque de se trouver au chômage, il n’en va pas de même pour les immigrés diplômés. Ils sont en effet plus disposés à être confrontés au chômage que les non-immigrés.

Le risque de chômage et d’inactivité des jeunes reste plus élevé pour les immigrés « toutes choses égales par ailleurs », c’est-à-dire même quand on neutralise les effets liés au sexe, au diplôme et à la structure familiale : les jeunes immigrés ont 2,5 fois plus de risque de se retrouver en situation d’inactivité ou de chômage.

Chez les femmes âgées de 16 à 29 ans, 51 % des immigrées sont inactives ou au chômage. Elles sont plus fréquemment femmes au foyer (13 %) que l’ensemble des femmes de ces âges (9 %). Celles pas ou peu diplômées sont particulièrement concernées : 23 % d’entre elles sont femmes au foyer.

Un milieu familial précaire : un facteur associé à l’inactivité ou au chômage

Dans la région, 44 % des jeunes de 16 à 29 ans vivent avec au moins un de leur parent. La proportion est similaire lorsqu’ils sont inactifs ou au chômage (43 %).

Les jeunes inactifs ou au chômage vivent plus souvent dans un milieu familial qui connaît également des difficultés professionnelles, et qui serait donc moins en mesure de les soutenir. Parmi ceux qui vivent chez leurs parents, 42 % ont en effet au moins un parent inactif ou au chômage. Ce n’est le cas que de 25 % des jeunes en emploi ou en études. Aussi, les parents des jeunes inactifs ou au chômage sont plus fréquemment d’origine modeste, ouvriers, retraités ou sans emploi, et peu diplômés. Près d’un tiers des jeunes inactifs ou au chômage vivent en couple, c’est un peu plus que l’ensemble des jeunes. Ils ont plus fréquemment un conjoint également inactif ou au chômage.

Les jeunes parents, notamment d’une famille monoparentale, sont également plus exposés à des difficultés professionnelles et sociales. Les jeunes inactifs ou au chômage sont plus fréquemment parents, et plus souvent en famille monoparentale : 22 % ont déjà des enfants et 4 % élèvent seuls leurs enfants. Ces parts sont deux fois moins importantes chez l’ensemble des jeunes de 16 à 29 ans. Cet écart s’explique en partie par des parcours de vie différents, la fin des études et l’arrivée d’un enfant pouvant par exemple être liées. Les jeunes parents sont beaucoup plus touchés par le chômage (33 % contre 13 % pour l’ensemble des jeunes). Ils sont également plus souvent inactifs (17 % contre 5 %). Les jeunes à la tête d"une famille monoparentale sont de surcroît plus souvent peu ou pas diplômés, 31 % étant sans diplôme ou avec seulement le brevet des collèges (contre 25 % de l’ensemble des jeunes). Ceux-ci représentent ainsi un public particulièrement vulnérable sur le marché du travail, cumulant un accès difficile à l’emploi, notamment à l’emploi stable, et des contraintes familiales.

Les jeunes inactifs ou au chômage cumulent plus fréquemment des fragilités familiale et professionnelle

Dans la région comme en France métropolitaine, près d’un tiers des jeunes inactifs ou au chômage cumulent des fragilités liées à leurs conditions professionnelles et familiales, contre 12 % de l’ensemble des jeunes (figure 4). Ces jeunes, en situation de vulnérabilité, rencontrent une situation difficile sur le marché du travail (chômage longue durée et faible niveau de diplôme) et leur milieu familial est également exposé à des difficultés professionnelles. C’est d’autant plus vrai chez les plus jeunes inactifs ou au chômage et chez les femmes au foyer.

Figure 4Près d’un tiers des jeunes inactifs ou au chômage cumulent fragilités familiales et professionnellesPart des jeunes de 16 à 29 ans selon leurs fragilités et leur situation (en %)

Près d’un tiers des jeunes inactifs ou au chômage cumulent fragilités familiales et professionnelles
Aucune fragilité Fragilité professionnelle mais pas familiale Fragilité familiale mais pas professionnelle Fragilité familiale et professionnelle
Jeunes inactifs ou au chômage 22 13 34 31
Jeunes en emploi ou en études 33 15 44 8
Ensemble 31 14 43 12
  • Sources : Insee, Recensement de la population 2016, exploitation complémentaire

Figure 4Près d’un tiers des jeunes inactifs ou au chômage cumulent fragilités familiales et professionnellesPart des jeunes de 16 à 29 ans selon leurs fragilités et leur situation (en %)

  • Sources : Insee, Recensement de la population 2016, exploitation complémentaire

L’Allier est le département où les jeunes inactifs ou au chômage cumulent le plus les fragilités, 41 % des 16-29 ans étant concernés, contre 31 % en Auvergne-Rhône-Alpes. C’est également le département où la part des peu diplômés est la plus forte. Le taux de pauvreté y est par ailleurs le plus élevé de la région, avec 26 % des ménages dont le référent fiscal a moins de 30 ans vivant sous le seuil de pauvreté. Au niveau régional, ce taux se limite à 20 %. L’Allier souffre aussi d’un chômage important, tous âges confondus, mais dans une moindre mesure que l’Ardèche et la Drôme qui connaissent les plus forts taux de la région. À l’inverse, la Haute-Savoie, le Rhône, le Cantal et l’Isère, qui ont peu de jeunes inactifs ou au chômage, ont également de faibles parts de jeunes inactifs ou au chômage cumulant fragilités familiale et professionnelle.

Encadré - Le mot du partenaire

Identifier les jeunes en marge du marché du travail, parfois appelés « invisibles », est un enjeu décisif du plan d’investissement dans les compétences, qui vise à former et accompagner vers l’emploi un million de jeunes et un million de demandeurs d’emploi peu qualifiés. Il amène à prendre contact et à remobiliser des personnes parmi les plus vulnérables, parfois sans contact avec les institutions sociales ou le Service public de l’emploi.

Envisagé sous l’angle des jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation, repérer ces « invisibles » constitue une priorité européenne ces dernières années, rappelée à la fois par la Commission européenne et par la Cour des comptes européenne dans le cadre de la Garantie européenne pour la jeunesse.

Il est donc nécessaire pour les services de l’État en charge de la politique de l’Emploi de pouvoir s’appuyer sur une source de données, le recensement de la population, et une définition validée avec l’Insee. Elles doivent permettre un diagnostic partagé sur le nombre et les caractéristiques des jeunes en marge du marché du travail à des niveaux géographiques fins, correspondant aux territoires d’intervention des différents acteurs du Service public de l’emploi, comme les missions locales.

la Direccte Auvergne-Rhône-Alpes

Sources

Dans cette étude, sont considérés comme jeunes inactifs ou au chômage les jeunes de 16 à 29 ans (âge révolu) n’étant ni « actifs ayant un emploi », ni « élèves, étudiants, stagiaires » selon leur déclaration au recensement de la population. Ils peuvent ainsi être « chômeurs » ou inactifs : « femme ou homme au foyer » ou « autres inactifs ». Les jeunes inactifs ou au chômage ne correspondent pas exactement aux « Neet », qui sont les personnes ni en emploi, ni en études, ni en formation, qui peuvent être étudiées à partir de l’enquête Emploi (pour en savoir plus). En effet, le recensement de la population ne permet pas de repérer les personnes en formation (qui peuvent s’être déclarées inactives ou au chômage). Cependant, il permet des études à des niveaux géographiques fins, ce qui n’est pas possible avec l’enquête Emploi.

Définitions

Les chômeurs au sens du recensement de la population sont d’une part les personnes (de 15 ans ou plus) qui se sont déclarées chômeurs, sauf si elles ont, en outre, déclaré explicitement ne pas rechercher de travail. Et d’autre part, les personnes qui ne se sont déclarées spontanément ni en emploi, ni en chômage, mais qui ont néanmoins déclaré rechercher un emploi. Le recensement ne suit pas les critères définis par le Bureau international du travail (BIT). Un chômeur au sens du recensement n’est pas forcément un chômeur au sens du BIT, et inversement. Il n’est pas non plus forcément inscrit à Pôle emploi.

Les inactifs considérés ici sont les inactifs non scolarisés, c’est-à-dire les personnes qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni au chômage : hommes et femmes au foyer, personnes en incapacité de travailler, personnes ne cherchant pas d’emploi… Pour l’étude, les hommes et femmes au foyer sont dissociés des « autres inactifs ».

Un jeune est considéré exposé à une fragilité professionnelle lorsqu’il est au chômage depuis un an ou plus ou qu’il est pas ou peu diplômé (aucun diplôme ou brevet des collèges maximum).

Un jeune est en fragilité familiale :

- s’il vit seul ou s’il est à la tête d’une famille monoparentale ;

- s’il vit en couple et que son conjoint a un niveau de diplôme inférieur au baccalauréat ou a une situation instable sur le marché du travail (CDD, apprentis, chômeurs, étudiants, inactifs) ;

- s’il vit chez ses parents et que ses parents ont un diplôme inférieur au baccalauréat ou ont une situation instable sur le marché du travail (CDD, apprentis, chômeurs, étudiants, inactifs).

Pour en savoir plus

« Du Cantal à la Haute-Savoie, un chômage limité qui masque des situations socio-économiques opposées », Insee Analyses Auvergne-Rhône-Alpes n° 74, janvier 2019

« Les jeunes en situation de décrochage scolaire en Auvergne-Rhône-Alpes », CARIF OREF Auvergne-Rhône-Alpes, juin 2018

« Milieu familial précaire : premier facteur de fragilité sociale pour les jeunes franciliens », Insee Analyses Île-de-France n° 105, octobre 2019

« Les jeunes ni en emploi, ni en formation (NEET) : quels profils pour quels accompagnements et quels parcours ? », Dares Analyses, à paraître