En 2018, en Nouvelle-Aquitaine : toujours moins de naissances et toujours plus de décès

Gaëlle Génin, Malika Zakri (Insee)

En 2018, en Nouvelle-Aquitaine, les décès dépassent les naissances, entraînant un déficit naturel de 11 400 personnes. Cet écart, négatif depuis 2012, s’accentue. D’une part, les décès augmentent, conséquence d’une population croissante âgée de 75 ans et plus, d'autre part, la fécondité baisse et le nombre de femmes en âge de procréer diminue. Seule la Gironde conserve un solde naturel positif.

Insee Flash Nouvelle-Aquitaine
No 54
Paru le : Paru le 14/01/2020
Gaëlle Génin, Malika Zakri (Insee)
Insee Flash Nouvelle-Aquitaine  No 54 - janvier 2020

L'écart entre naissances et décès s'agrandit

En 2018, le solde naturel de la Nouvelle-Aquitaine est négatif avec 53 700 naissances pour 65 100 décès (figure 1) alors qu’il est excédentaire (+ 144 000 personnes) au niveau national, largement porté par l’Île-de-France.

Figure 1Le solde naturel se creuseÉvolution du nombre de naissances, de décès et du solde naturel en Nouvelle-Aquitaine de 1975 à 2018

Le solde naturel se creuse
Année Naissances Décès Solde naturel
1975 59 063 59 415 -352
1976 56 856 57 504 -648
1977 58 378 56 082 2 296
1978 56 869 56 701 168
1979 59 117 56 827 2 290
1980 62 633 57 301 5 332
1981 62 449 58 565 3 884
1982 60 498 56 577 3 921
1983 57 202 58 847 -1 645
1984 56 855 56 873 -18
1985 57 391 58 728 -1 337
1986 57 969 57 290 679
1987 56 871 55 979 892
1988 56 884 55 457 1 427
1989 56 427 55 559 868
1990 55 990 56 081 -91
1991 55 225 55 311 -86
1992 53 874 55 511 -1 637
1993 51 631 56 227 -4 596
1994 51 595 55 358 -3 763
1995 53 590 56 240 -2 650
1996 54 168 56 874 -2 706
1997 53 589 57 042 -3 453
1998 54 851 57 696 -2 845
1999 55 925 57 629 -1 704
2000 58 491 56 662 1 829
2001 58 224 57 308 916
2002 56 777 57 432 -655
2003 56 820 58 929 -2 109
2004 57 661 54 853 2 808
2005 58 456 56 737 1 719
2006 59 925 55 650 4 275
2007 59 312 55 834 3 478
2008 60 388 57 251 3 137
2009 60 741 58 374 2 367
2010 60 658 58 403 2 255
2011 59 937 57 713 2 224
2012 59 647 60 807 -1 160
2013 58 864 61 033 -2 169
2014 58 647 59 563 -916
2015 56 577 63 280 -6 703
2016 55 818 62 788 -6 970
2017 54 357 64 930 -10 573
2018 53 678 65 056 -11 378
  • Source : Insee, statistiques de l’état civil 1975 à 2018

Figure 1Le solde naturel se creuseÉvolution du nombre de naissances, de décès et du solde naturel en Nouvelle-Aquitaine de 1975 à 2018

  • Source : Insee, statistiques de l’état civil 1975 à 2018

La région présente un déficit plus important qu’en Bourgogne-Franche-Comté, Bretagne, Occitanie, Centre-Val de Loire et Corse, dont les déficits sont plus faibles et plus récents. Les autres régions métropolitaines bénéficient toujours d’un excédent naturel, bien que ce dernier se soit fortement amenuisé ces dernières années.

Le déficit observé depuis 2012 en Nouvelle-Aquitaine s’accentue fortement sur la période récente sous l’effet conjugué d’une forte baisse des naissances (– 10,0 %), mais aussi d’une importante hausse des décès (+ 7,0 %).

Au cours des 40 dernières années, des épisodes similaires ont été observés, essentiellement liés aux fluctuations du nombre de naissances : pic de 62 500 naissances en 1980-1981, chute à 51 600 en 1993-1994, et à nouveau remontée dans les années 2000. L’ampleur de l’écart entre naissances et décès est cependant sans précédent sur cette période.

En 2018, seule la Gironde affiche un solde naturel positif de 3 500, à l’opposé du déficit en Charente-Maritime, Dordogne et dans les Pyrénées-Atlantiques (respectivement – 2 900, – 2 700 et – 1 500 ; figure 2).

Figure 2Un solde naturel positif seulement en GirondeNombre de naissances et de décès en 2018 par département

Un solde naturel positif seulement en Gironde
Département Naissances Décès
Creuse 802 1 939
Corrèze 1 907 3 179
Dordogne 2 942 5 598
Charente 2 955 4 233
Lot-et-Garonne 2 960 3 968
Haute-Vienne 3 318 4 165
Landes 3 356 4 534
Deux-Sèvres 3 381 4 116
Vienne 4 044 4 418
Charente-Maritime 5 061 7 923
Pyrénées-Atlantiques 5 839 7 338
Gironde 17 115 13 645
  • Source : Insee, statistiques de l’état civil 2018

Figure 2Un solde naturel positif seulement en GirondeNombre de naissances et de décès en 2018 par département

  • Source : Insee, statistiques de l’état civil 2018

Certains départements comptent aujourd’hui deux fois plus de décès que de naissances, notamment la Dordogne et la Creuse, où la part de la population âgée de 75 ans et plus est la plus forte de la région (plus du quart contre un sixième en Gironde) et la part de femmes en âge de procréer (entre 20 et 40 ans) la plus basse (inférieure à 17 % de la population).

Par rapport à 2017, le solde naturel par département évolue modérément : il s’améliore dans les Landes et le Lot-et-Garonne, se stabilise en Creuse et dans les Deux-Sévres et se détériore dans les huit autres départements.

Les naissances en diminution sous l’effet de la baisse de la fécondité

Dans la région, depuis l’embellie des années 2008 à 2010 où les nouveau-nés dépassaient les 60 000 par an, les naissances sont en diminution constante ; en 2018, 7 000 naissances de moins qu’en 2010, soit une baisse de – 3 % par an.

Les raisons en sont multiples. Ainsi, le nombre de femmes aux âges les plus féconds, de 20 à 40 ans, diminue progressivement, d’un dixième depuis 1995. L’indice conjoncturel de fécondité se réduit à 1,66 enfant par femme en 2018, après un maximum de 1,86 en 2010. La fécondité de 20 à 30 ans diminue, sans être compensée par une augmentation après 30 ans. L’âge de la maternité recule, de 29,5 ans en moyenne en 2008 à 30,4 ans en 2018 ; il est particulièrement élevé dans les Pyrénées-Atlantiques et en Gironde, respectivement 31,1 ans et 30,8 ans, alors qu’il reste précoce dans la Creuse (28,5 ans).

La hausse des décès se poursuit

Dans la région, si les décès restent relativement stables -autour de 56 000 jusqu’en 2003- ils croissent rapidement après 2003 (année d’une forte canicule) avec une tendance de 700 décès supplémentaires par an entre 2004 et 2018. Après une hausse brutale en 2015 et 2017 (respectivement + 6,2 % et + 3,4 %), les décès augmentent peu entre 2017 et 2018 (+ 0,2 %).

Cette année 2018 a été marquée par une épidémie de grippe tardive, limitant la mortalité en janvier, mais accentuant celle de mars et avril (1 400 décès de plus que sur ces mêmes mois par rapport à 2017) (figure 3). D’autre part, dès juin, l’effet de la canicule pendant l’été 2018 a été plus marqué qu’en 2017.

Figure 3Augmentation des décès en mars-avrilNombre de décès en Nouvelle-Aquitaine

Augmentation des décès en mars-avril
Année 2017 Année 2018
Janvier 7 180 6 185
Février 5 744 5 728
Mars 5 472 6 463
Avril 5 017 5 439
Mai 5 296 5 127
Juin 4 684 4 964
Juillet 4 983 5 118
Août 4 909 4 985
Septembre 5 085 4 856
Octobre 5 208 5 301
Novembre 5 378 5 376
Décembre 5 974 5 514
  • Source : Insee, statistiques de l’état civil 2017 et 2018

Figure 3Augmentation des décès en mars-avrilNombre de décès en Nouvelle-Aquitaine

  • Source : Insee, statistiques de l’état civil 2017 et 2018

De façon plus générale, les générations relativement nombreuses nées entre les deux guerres arrivent aux âges de très forte mortalité ; dans la région, trois quarts des décès concernent des personnes d’au moins 75 ans. Ainsi, dans les départements où leur proportion est importante, le taux de décès s’intensifie : il est deux fois plus élevé en Creuse qu’en Gironde (34 ‰ contre 17), avec respectivement 29 et 17 % de personnes âgées.

Le nombre de décès devrait encore progresser dans les années à venir, car les générations issues du baby-boom d’après guerre (nées après 1945) parviennent actuellement à ce grand âge. En outre, la Nouvelle-Aquitaine demeure une région attractive pour les retraités, ce qui contribue à un vieillissement accentué de la population régionale. La part des personnes de 75 ans ou plus est passée de 16 % en 2000 à 22 % en 2018 et pourrait continuer d’augmenter d’ici 2050.

Définitions

L’indicateur conjoncturel de fécondité est la somme des taux de fécondité par âge observés une année donnée. Cet indicateur peut être interprété comme le nombre moyen d’enfants qu’aurait une génération fictive de femmes qui connaîtrait, tout au long de leur vie féconde, les taux de fécondité par âge observés cette année-là. Il est exprimé en nombre d’enfants par femme.

Pour en savoir plus

Papon S., Beaumel C., « Bilan démographique 2019 – La fécondité se stabilise en France », Insee Première n° 1789, janvier 2020.

Dalla Longa M., « Le déficit naturel se creuse en Nouvelle-Aquitaine et gagne du terrain en Union européenne », Insee Flash Nouvelle-Aquitaine n° 44, janvier 2019.

Galinier C., « À l’horizon 2050, 900 000 seniors en plus en Nouvelle-Aquitaine », Insee Analyses Nouvelle-Aquitaine n° 43, juin 2017.

« L’évolution démographique récente de la France : une singularité en Europe ? », Ined Population n° 4, décembre 2019.