Aller au contenu

Aller au menu principal

Aller à la recherche

Liens transversaux haut

Les salaires dans les entreprises en 2004

Julien Pouget et Anne Skalitz, département de l’Emploi et des revenus d’activité, Insee

Résumé

En 2004, dans les entreprises du secteur privé et semi-public, le salaire mensuel moyen pour un poste à temps complet s’élève à 2 440 euros en brut et 1 849 euros nets de tous prélèvements à la source. Compte tenu de la hausse des prix à la consommation de 2,1 % en 2004, le salaire net moyen reste stable en euros constants entre 2003 et 2004, après une diminution de 0,3 % entre 2002 et 2003. L’éventail des salaires se resserre légèrement sous l’effet de la forte progression du Smic (+ 3,5 % en euros constants), progression qui se diffuse essentiellement dans le bas de la hiérarchie salariale : le premier décile augmente ainsi de 0,5 % en euros constants, tandis que le salaire médian recule de 0,4 % et le dernier décile de 0,2 %. Parmi les salariés à temps complet ayant travaillé deux années entières, 2003 et 2004, dans le même établissement, 58 % ont vu leur salaire progresser plus vite que l’inflation, et 42 % moins vite.

Sommaire

Encadré

Publication

En euros constants, les salaires sont restés stables en 2004

En 2004, le salaire annuel moyen des salariés à temps complet s’accroît de 2,7 % en brut et 2,1 % en net. Les prélèvements salariaux à la source, et en particulier le taux de cotisation de retraite complémentaire, augmentent en effet légèrement. En euros constants, c’est-à-dire déduction faite de la hausse des prix à la consommation de 2,1 % en 2004, le salaire brut moyen pour un poste à temps complet augmente de 0,6 % tandis que le salaire net moyen reste stable, après une diminution de 0,3 % en 2003 ( tableau 1). La durée du travail ne variant pratiquement pas en 2004, les salaires horaires évoluent au même rythme que les salaires annuels (+ 0,6 % en brut, + 0,1 % en net pour les salariés à temps complet).

Évolutions annuelles, en euros constants, des salaires moyens bruts et nets pour les emplois à temps complet
1. Les variations des rémunérations non soumises à cotisations sociales (participations, intéressement) sont prises en compte dans les évolutions du salaire brut moyen seulement à partir de l'évolution 2001/2002. 2. Voir définitions. Champ : salariés à temps complet du secteur privé et semi-public.
Source : DADS, Insee (fichier 2004 semi-définitif).
1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004
Salaire brut moyen1 0,7 0,2 1,7 0,6 0,9 0,9 0,3 0,6
Salaire moyen net de prélèvements 0,9 0,9 1,6 0,5 1,1 0,6 - 0,3 0,0
Incidence des effets de structure 2 0,5 0,3 0,6 0,6 0,7 0,8 0,5 0,4
Salaire brut moyen à structure constante 0,2 - 0,1 1,1 0,0 0,2 0,1 - 0,2 0,2
Salaire moyen net de prélèvements à structure constante 0,4 0,6 1,0 - 0,1 0,4 - 0,2 - 0,8 - 0,4
Pour mémoire : indice des prix à la consommation 1,2 0,7 0,5 1,7 1,7 1,9 2,1 2,1

Retour au sommaire

Les salaires suivent le mouvement de la croissance

En 2004, l’activité économique de la France connaît une reprise : le produit intérieur brut (PIB) s’accroît de 2,3 % en volume, après 0,8 % en 2003. Les salariés profitent de cette embellie économique, mais leur pouvoir de négociation reste bridé par le niveau élevé du chômage (9,9 %, en augmentation de 0,2 point par rapport à 2003).

Ce sont les ouvriers qui bénéficient des évolutions de salaires les plus favorables (+ 0,4 % en net et en euros constants), grâce notamment aux revalorisations du Smic, devant les cadres (- 0,1 %), les professions intermédiaires (- 0,2 %) et les employés (- 0,7 % - tableau 2). Mais ces évolutions contrastées s’expliquent en partie par des différences de répartition et de dynamique sectorielles : les employés sont plus nombreux dans le secteur tertiaire, qui embauche beaucoup en 2004, notamment dans le secteur des services aux particuliers. Or les derniers recrutés sont en général moins bien rémunérés que les salariés déjà en place, ce qui peut tirer à la baisse le salaire moyen de la catégorie. À l’inverse, les ouvriers sont plus nombreux dans l’industrie, qui perd des emplois, souvent peu qualifiés, en 2004.

Salaires annuels et horaires moyens, et répartition des effectifs selon le sexe et la catégorie socioprofessionnelle
1. Y compris chefs d'entreprise salariés.
Champ : salariés du secteur privé et semi-public.
Source : DADS, Insee (fichier 2004 semi-définitif).
Salaires bruts Salaires nets de tous prélèvements Répartition des effectifs (%)
2003 (euros courants) 2004 (euros courants) Évolution en euros constants (%) 2003 (euros courants) 2004 (euros courants) Évolution en euros constants (%) 2003 2004
SALAIRES ANNUELS DES POSTES À TEMPS COMPLET (et effectifs en années-travail)
Ensemble 28 515 29 279 0,6 21 733 22 193 0,0 100,0 100,0
Cadres1 56 796 58 243 0,4 42 778 43 653 - 0,1 16,5 16,5
Prof. interm. 28 960 29 726 0,5 22 075 22 504 - 0,2 24,5 24,4
Employés 19 928 20 326 - 0,1 15 357 15 576 - 0,7 22,4 22,7
Ouvriers 20 749 21 359 0,8 15 939 16 337 0,4 36,6 36,4
Hommes 30 513 31 316 0,5 23 297 23 778 0,0 100,0 100,0
Cadres1 60 256 61 928 0,7 45 470 46 514 0,2 18,6 18,6
Prof. interm. 30 373 31 183 0,6 23 224 23 693 - 0,1 22,6 22,5
Employés 20 649 21 009 - 0,4 16 124 16 259 - 1,3 11,1 11,1
Ouvriers 21 268 21 860 0,7 16 349 16 730 0,2 47,7 47,8
Femmes 24 685 25 411 0,8 18 735 19 182 0,3 100,0 100,0
Cadres1 46 790 47 933 0,3 34 992 35 647 - 0,2 12,3 12,5
Prof. interm. 26 802 27 530 0,6 20 320 20 712 - 0,2 28,3 28,1
Employés 19 580 20 005 0,1 14 987 15 254 - 0,3 44,0 44,5
Ouvriers 17 650 18 359 1,9 13 487 13 982 1,6 15,3 15,0
Smic (169h) 14 216 15 007 3,5 11 202 11 826 3,5 - -
SALAIRES HORAIRES (et effectifs en nombre d'heures travaillées)
Salariés à temps complet
Hommes 16,53 16,96 0,5 12,62 12,88 0,0 66,2 66,0
Femmes 13,64 14,06 1,0 10,35 10,61 0,4 33,8 34,0
Ensemble 15,55 15,98 0,6 11,85 12,11 0,1 100,0 100,0
Cadres1 30,47 31,31 0,7 22,95 23,47 0,2 16,7 16,7
Prof. interm. 15,79 16,20 0,5 12,03 12,26 - 0,2 24,5 24,5
Employés 10,96 11,23 0,3 8,45 8,60 - 0,3 22,2 22,4
Ouvriers 11,35 11,66 0,6 8,72 8,92 0,2 36,5 36,4
Salariés à temps non complet
Hommes 14,87 15,30 0,8 11,43 11,71 0,3 33,1 32,3
Femmes 11,78 12,15 1,0 8,98 9,21 0,5 66,9 67,7
Ensemble 12,80 13,16 0,7 9,79 10,02 0,2 100,0 100,0
Cadres1 27,92 28,21 - 1,1 21,18 21,26 - 1,7 9,3 9,6
Prof. interm. 15,37 15,70 0,0 11,72 11,91 - 0,5 18,8 18,9
Employés 9,92 10,19 0,5 7,61 7,77 0,0 46,2 47,1
Ouvriers 10,60 10,88 0,5 8,17 8,33 - 0,2 25,7 24,3
Smic (169h) 7,01 7,40 3,5 5,52 5,83 3,5 - -

Retour au sommaire

Fortes revalorisations des salaires minimaux

Entre juillet 2003 et juillet 2005, c’est le dispositif prévu par la loi « Fillon » qui régit les revalorisations des salaires minimaux, afin d’assurer la convergence progressive des salaires horaires correspondant au Smic et aux garanties mensuelles de rémunérations (GMR). Il s’agit d’un alignement par le haut, qui maintient le pouvoir d’achat de la garantie mensuelle la plus élevée, et qui assure la croissance pendant trois ans du pouvoir d’achat du Smic et des GMR. Le 1er juillet 2004, compte tenu de la hausse des prix, le salaire minimum est relevé de 5,8 % (les différentes GMR connaissent à la même date des hausses échelonnées entre 2,1 % et 3,7 %). Cette forte augmentation, combinée à l’effet en année pleine de la revalorisation de juillet 2003 (+ 5,3 %) se traduit par une hausse du Smic brut de 5,6 % entre 2003 et 2004. Compte tenu de l’accroissement des prix de 2,1 % en moyenne annuelle, le Smic brut, tout comme le Smic net, progressent de 3,5 % en euros constants. Cette forte augmentation, largement supérieure à celle du salaire moyen, a tendance à resserrer l’éventail des salaires.

Retour au sommaire

L’éventail des salaires se resserre légèrement

Les revalorisations des salaires minimaux se diffusent essentiellement dans le bas de la hiérarchie salariale. Ainsi, en 2004, 10 % des salariés à temps complet ont gagné moins de 1 005 euros mensuels nets (tableau 3) : le premier décile de la distribution augmente, en termes réels, de 0,5 % par rapport à 2003. À l’autre bout de l’échelle, 10 % ont gagné plus de 2 959 euros : le dernier décile diminue de 0,2 % en euros constants. La hiérarchie des salaires se tasse donc légèrement, avec un rapport inter-décile (rapport entre le 9e et le 1er décile) en légère diminution. La médiane, qui partage les salariés à temps complet en deux groupes d’effectifs égaux, s’établit à 1 484 euros par mois, en baisse de 0,4 % en euros constants (graphique 1).

En 2004, l’écart salarial entre les hommes et les femmes s’est très légèrement réduit : une salariée à temps complet touche un salaire annuel moyen de 19,3 % inférieur à celui de son collègue masculin (contre 19,6 % en 2003). Mais cet écart reste lié, pour l’essentiel, à des différences de structures des emplois : ainsi, 18,6 % des hommes salariés à temps complet sont des cadres, contre 12,5 % des femmes.

Graphique1 - Évolutions en euros constants des déciles de salaires annuels nets entre 2003 et 2004

Graphique1 : Évolutions en euros constants des déciles de salaires annuels nets entre 2003 et 2004

Champ : salariés à temps complet du secteur privé et semi-public.

Source : DADS, Insee (fichier 2004 semi-définitif).

Distribution des salaires annuels nets de tous prélèvements
Champ : salariés à temps complet du secteur privé et semi-public. Lecture : en 2004, 10 % des salariés à temps complet du secteur privé et semi-public gagnent un salaire annuel net inférieur à 12 055 euros, 20 % un salaire inférieur à 13 466 euros.
Source : DADS, Insee (fichier 2004 semi-définitif).
Déciles Ensemble Hommes Femmes
2003 2004 2003 2004 2003 2004
D1 11 744 12 055 12 218 12 511 11 114 11 430
D2 13 158 13 466 13 739 14 018 12 335 12 680
D3 14 464 14 753 15 124 15 409 13 405 13 745
D4 15 875 16 166 16 598 16 892 14 571 14 893
Médiane 17 497 17 802 18 322 18 622 16 002 16 310
D6 19 494 19 813 20 463 20 805 17 748 18 073
D7 22 128 22 498 23 460 23 850 19 951 20 299
D8 26 340 26 788 28 286 28 769 23 005 23 425
D9 34 841 35 513 38 119 38 832 28 877 29 436
D9/D1 3,0 2,9 3,1 3,1 2,6 2,6

Retour au sommaire

Les évolutions salariales sont dispersées

Derrière ces moyennes par catégories, les évolutions salariales sont très dispersées (graphique 2). Parmi les salariés à temps complet ayant travaillé l’ensemble des deux années 2003 et 2004 dans le même établissement (les « permanents-permanents » - définitions), 58 % ont connu une évolution salariale positive en termes réels, tandis que 42 % ont vu leur salaire progresser moins vite que l’inflation. L’évolution salariale moyenne de ces « permanents-permanents » est de + 2,0 % en euros constants, la médiane se situant à + 1,0 %. Ces indicateurs varient moins en fonction de la catégorie socioprofessionnelle ou du secteur d’activité que de l’âge des salariés ou de leur position dans la hiérarchie salariale. C’est en début de carrière que les évolutions salariales sont les plus importantes, mais aussi que les salaires sont les plus faibles. Les salariés qui occupent les emplois les moins bien rémunérés bénéficient ainsi fortement de la hausse des salaires minimaux, qui s’est peu diffusée dans le reste de la hiérarchie salariale : 70 % des « permanents-permanents » du 1er quartile connaissent une amélioration en termes réels de leur salaire, contre 53 % de ceux du dernier quartile. Dans le même temps, compte tenu de l’importance des mouvements de main-d’œuvre dans le secteur privé, les « permanents-permanents » ne représentent qu’un peu plus de la moitié (52 %) des postes à temps complet, et seulement 32 % des postes du 1er quartile : les autres salariés du 1er quartile arrivent ou quittent leur poste en cours d’année ; ils peuvent être amenés à changer d’entreprise ou d’établissement, ou bien à connaître un épisode de temps partiel, de chômage ou d’inactivité.

Graphique2 - Distribution des évolutions salariales entre 2003 et 2004 (en euros constants) des salariés « permanents-permanents » selon leurs caractéristiques en 2003

Graphique2 : Distribution des évolutions salariales entre 2003 et 2004 (en euros constants) des salariés « permanents-permanents » selon leurs caractéristiques en 2003

Champ : salariés à temps complet du secteur privé et semi-public. Lecture : pour chaque catégorie, on a porté le 1er et le dernier décile (D1 et D9), le 1er et le dernier quartile (Q1 et Q3) ainsi que la médiane (M) de la distribution des évolutions. Parmi les « permanents-permanents » (définitions) dont le salaire en 2003 était inférieur au 1er quartile, 50 % ont vu leur salaire net augmenter d'au moins 2,7 % en euros constants, 10 % ont vu leur salaire augmenter de plus de 20,9 %. Parmi les postes à temps complet occupés en 2003 par des salariés dont le salaire était inférieur au 1er quartile, 32 % le sont par des « permanents-permanents » en 2003 et 2004.

Source : DADS, Insee (fichier 2004 semi-définitif).

Retour au sommaire

Encadré

Du salaire par poste au pouvoir d’achat du revenu disponible brut (RDB) des ménages

Les salaires annuels moyens présentés ici sont les salaires offerts pour des postes à temps complet pendant une année entière. Les salaires effectivement perçus par les salariés peuvent donc être moins élevés (si, par exemple, ils n’ont travaillé qu’une partie de l’année), ou plus élevés (dans le cas où ils quittent en cours d’année leur établissement ou leur entreprise pour aller occuper un nouveau poste mieux rémunéré).

Si les salaires s’analysent au niveau des individus, il est préférable d’étudier les revenus au niveau des ménages, puisque certains éléments (comme les prestations sociales ou les impôts) sont déterminés à ce niveau. La masse salariale n’est en effet qu’une composante du revenu disponible brut (RDB) des ménages, dont l’évolution déflatée est souvent désignée de manière raccourcie par le terme d’évolution du pouvoir d’achat. Le RDB prend en compte l’ensemble des revenus, du travail et du capital (mobilier ou immobilier, privé ou professionnel), de l’ensemble des ménages qui résident en France. De ces revenus, sont déduits les impôts et les cotisations sociales et sont ajoutés les prestations sociales en espèces et les transferts divers.

Retour au sommaire

Insee Première N°1067 - février 2006

Téléchargement

Liens

Insee Première : Présentation de la collection et liste des numéros parus